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Choisir son livre selon son budget

Délicat sujet que la notion de prix, de valeur, d’argent qu’il faut pourtant associer à l’objet de notre passion : le livre ancien. Délicat parce que bourré de paradoxes… je préfère éviter l’énumération des critères bibliophiliques qui comptent dans le prix d’un livre ancien, et qui conduit le plus souvent à un article truffé de lapalissades, voyons plutôt les divers comportements face à l’argent.

Le 1er paradoxe que je note concerne très peu de livres anciens, et pourtant c’est cette minorité de cas qui fait le plus de bruit et qui semble intéresser les médias : les records de prix. Trop souvent (toujours ?) traités comme des paris sur l’art ou des valeurs boursières, les objets s’effacent au profit du nom prestigieux de « Sotheby’s » ou du montant exhorbitant des enchères… Ces mêmes médias qui fustigent les parachutes dorés, les salaires des patrons du CAC40, les gros patrimoines des hommes politiques trouveront soudainement fort respectables ces « trop grandes » fortunes misant sur des objets de collection. Ainsi, l’acquisition d’un livre atteignant des records nettoierait toute fortune politiquement incorrecte.
Au prix de plusieurs centaines de milliers d’euros, de plusieurs millions même, de tels ouvrages ne mériteraient-ils pas un véritable travail de communication, une émission entière consacrée à leur histoire, leurs auteurs, leur valeur artistique et historique ?

Un autre paradoxe (beaucoup moins rare, celui-là) que j’ai constaté chez certains amateurs :
Le plaisir et la valeur d’un livre ancien sont d’autant plus grands que le coût de l’acquisition est le plus faible possible. Ce n’est pas par avarice, ou par manque de moyen, c’est simplement dans le processus de leur collecte. Peut-être, aussi, pour rendre plus difficile à trouver et donc plus désirable la bonne affaire. « Un prix dérisoire pour cette édition de grande valeur, une merveille qui a échappé au vendeur ! » et voilà notre homme le plus heureux du monde ! Un peu chasseur, un peu vaniteux, il a peut-être fait ce jour-là une bonne affaire, et son livre se change en merveilleux trophée. L’affectif joue alors un rôle très important dans l’échange avec le libraire (qui se reconnaît souvent dans ce profil), il est alors possible de trouver quelques pièces à leur édifice, il faut juste compter avec le temps et la connivence . Ce sont ceux qui s’animent de très bonne heure sur les brocantes, au déballage des marchandises, ou ceux sur-équipés d’outils informatiques pour comparer, suivre les prix et les enchères sur internet espérant acquérir la pièce rare…

Le phénomène inverse se rencontre également : un prix soutenu attire souvent l’attention et participe à la montée du désir. Quel beau livre, un peu cher, mais tellement beau et désirable ; avec la promesse du traitement tout particulier qu’on pourrait lui accorder, d’infinies précautions à sa manipulation, la plus belle place dans la bibliothèque, plus cher donc plus chéri ! Un prix plus faible pourrait même susciter la suspicion d’une mauvaise affaire, d’un défaut caché… L’amateur d’esthétique et de valeur historique se reconnaîtra peut-être, c’était un peu mon cas devant les vitrines des grandes librairies : pourquoi mon coup de coeur coûte-t-il aussi cher ? Pourquoi ce livre-ci, au-dessus de mes moyens, dévalorise soudainement celui-là moins onéreux, et m’obligera à quelques sacrifices ? Il n’est même pas question de faire référence au prix du marché, dans ce cas, la passion l’emportera sur la raison si l’affaire se conclut.

Venons-en au marché, justement, et aux marchands :
Quelques-uns nous feraient croire qu’il existe une espèce de cotation, d’évolution des prix, toujours à la hausse bien entendu, la plus-value savamment calculée… Qu’en sera-t-il quand la fiscalité s’attaquera aux plus-values des objets collectionnables ?
Il n’y a pas de prix fixé pour chaque livre. La réalité du prix se trouve plutôt dans la négociation, de l’achat à la vente, ainsi on pourrait dire plus honnêtement que le prix « se fait à la tête du client » ! Les critères bibliophiliques (rareté, état, époque…) sont bien entendu pris en compte, c’est surtout la stratégie commerciale du marchand qui compte, et qui explique la variété des prix.

Enfin, les tendances, les modes ou « la demande » :
On a pu voir les prix flamber il y a quelques années sur les livres des surréalistes… Aujourd’hui, ces livres sont « boudés ». On sent poindre un frisson sur les livres à plaques romantiques alors que le XIXe siècle ne passionnait pas tant il y a encore quelque temps. Ces modes sont fictives, les amateurs de livres ne se réunissent pas entre eux pour se mettre d’accord et faire « la demande » ! L’offre et la demande… N’est-ce-pas à nous, les passeurs de livres à créer « la demande » ? Les tendances et les modes appartiennent au profil du collectionneur spéculatif, du collectionneur-vendeur, il faut faire attention aux modes.

L’idéal serait d’attribuer à chaque livre « le prix du désir » de l’amateur… A chaque amateur son prix ! Situer sa recherche de livres en fonction d’un budget évitera toute forme de frustration, se faire plaisir passe aussi par cette discipline. Aussi, tant qu’il y aura la liberté des prix et d’heureux acquéreurs, les livres seront chéris ! à nous de ne pas décevoir notre clientèle.

Cet article a été écrit début 2013, et avait suscité quelques commentaires que j’ai « sauvé » avant la reconstruction du site :

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