incunable

De l’incunable à la liseuse électronique…

Je rêve de rédiger un bel article sur les tout premiers livres imprimés, les incunables, et vous raconter tout le bien que j’en pense… mais serait-ce vraiment honnête et utile alors que je n’ai jamais tourné les pages de tels ouvrages ? Sans observations vécues, sans la présence de tels livres près de soi, comment relever les détails, soulever les questions et partager les réponses… Il en est de même pour les manuscrits, ces livres enluminés d’avant Gutenberg.

Je me figure encore aujourd’hui qu’un incunable est la réplique d’un manuscrit, même forme, même composition avec des caractères d’imprimerie imitant parfaitement l’écriture du scribe… une sorte de copie, voire de « contrefaçon » de manuscrits. Il faut attendre les années 1520 pour que le livre imprimé se libère de la forme manuscrite, et prenne de plus en plus les caractéristiques du livre tel qu’on le connaît aujourd’hui, en forme et en diffusion.

Y a-t-il vraiment eu une révolution du livre avec l’apparition de l’imprimerie typographique de Gutenberg ?

AVANT GUTENBERG
Le moyen-âge, c’est quand même 1000 années d’éditions manuscrites pendant lesquelles des évolutions successives et considérables ont eu lieu, comme le dessin de l’écriture avec la lettre caroline qui rend les textes plus lisibles ; puis la séparation des mots ; puis et la ponctuation ; l’apport de l’image réalisée par des artistes enlumineurs ; l’embellissement des reliures ; la création de bibliothèques ; l’Université ; etc.

1000 années pendant lesquelles le livre évolue dans sa fonction : d’abord conçu et réalisé par le clergé, le livre « sort de l’Eglise », la clientèle devient commanditaire, les ateliers laics se multiplient, l’art du vitrail (traits et couleurs) entre dans les pages, les marges, et vient orner les textes de miniatures.

Bibles, psautiers, livres d’heure, manuels scolaires, encyclopédies, manuels de médecine, de chasse, de musique, romans, récits de voyages… la diversité ne manque pas avant Gutenberg. Forts volumes ou ouvrage de petites tailles, la lecture et le rapport au texte évolue aussi pendant tout le moyen-âge, elle est collective, méditative puis personnelle.

Même s’il est très cher, déjà règne une passion passion pour le livre. C’est sous le règne de Charles V (1364-1380) que l’attrait des livres se fait le plus sentir : de très riches commanditaires collectionnent les manuscrits, parcourent l’Europe pour s’en procurer, les commandent directement aux copistes ou s’adressent à des marchands d’objets de luxe. Et déjà, on s’inquiète de conservation et de protection de ces fabuleux livres enluminés, qu’il faut protéger des guerres, des pillages ou des simples larcins.

L’imprimerie typographique de Gutenberg n’a rien bouleversé.

APRES GUTENBERG
Rappelons que la recherche de solutions mécaniques s’est fait ressentir pendant le XVe siècle tant le besoin de livres était fort et grandissant. On a bien pensé à la gravure sur bois, mais cette technique, bien adaptée à l’image n’a pas été efficace pour reproduire les textes (livrets xylographiques). Aussi, quand Gutenberg a mis au point ses caractères mobiles et métalliques, il a résolu le « comment faire », et son invention tant attendue a permis de répondre aux besoins du temps : copier les manuscrits et multiplier le nombre d’exemplaires.
Ainsi, il est fort possible que sans cette invention certains livres enluminés nous seraient inconnus et perdus.

Mais les lecteurs sont toujours les mêmes et les livres aussi…

Il faut entrer dans le 2è tiers du XVIe siècle pour que le livre imprimé s’installe véritablement dans une forme plus connue de nous et que le choix éditorial commence à s’élargir.
On a perdu avec l’imprimerie typographique le parchemin et les peintures miniatures. On a gagné la multiplication des exemplaires, la page de titre, la reconnaissance de l’auteur et la perfection de la reliure.

L’invention de Gutenberg n’a pas changé la relation du lecteur au livre, elle ne s’est pas imposée par la force mais par le besoin, en cela l’imprimerie n’a pas été une révolution.

L’ebook s’inscrit-il dans la continuité du livre ?

L’invention du livre numérique ne s’inscrit pas dans celle de l’imprimerie : on ne « copie » pas la forme actuelle du livre, on ne grave ni texte, ni image. L’invention du livre numérique ne résulte pas d’une demande des métiers du livre. Le livre numérique s’impose sur le marché du livre imprimé et le concurrence.

En cela, oui, c’est une révolution.

TROP DE LIVRES, TROP D’AUTEURS
Alors qu’on manquait de livres au XVe siècle, aujourd’hui c’est l’inverse :

  • 646 nouveaux romans pour couvrir les 60 jours de la « rentrée littéraire » 2012 ;
  • 64.347 nouveautés et nouvelles éditions ont été commercialisés en 2011 (1 nouveau livre pour 1000 habitants ?) et le nombre de titres disponibles en 2010 et en 2011 : 622.440 références.
  • Nombre d’exemplaires vendus en 2000 : 353,6 millions d’exemplaires
  • Nombre d’exemplaires vendus en 2010 : 439,6 millions d’exemplaires

c’est moins qu’en 2007 avec 445 millions d’exemplaires, soit 50% de plus en 12 ans… ! :roll:
à lire : 1982-2008, 27 ans d’évolution du marché du livre

On n’en peut plus de lire !
Observons maintenant les éditions les plus vendues : les livres de poche, pocket et folio… Peu chers, fragiles voire jetables après usage, pourquoi effectivement ne pas supprimer cette matière qui n’est pas faite pour durer…

La relation du lecteur au livre numérique est bouleversée : le lecteur est en rapport avec sa liseuse ou son écran, et non son fichier numérique. Collectionner dans l’ère numérique perd son sens, alors que retiendra notre mémoire ?… L’avenir le dira !

Et pour poursuivre notre réflexion, regardez ce petit film « l’imaginaire du livre » réalisé par la BNF, en cliquant sur ce lien (puis cliquez sur le petit triangle en bas à gauche pour démarrer la vidéo).

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