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Derniers soupirs du moulin à papier de Pen-Mur

Une fidèle lectrice d’Essentiam a visité cet été le Moulin à papier de Pen-mur, situé à Muzillac dans le Sud du Morbihan et a appris à cette occasion, la disparition imminente de l’activité de ce moulin. Elle a eu l’excellente idée de nous envoyer un « SOS » ainsi que les photographies de sa visite, photographies qui malheureusement sont certainement les images des derniers jours de la vie d’un site exceptionnel. Merci Nathalie ! 😉

Un moulin à l’agonie ?

Je reviens donc sur cette triste affaire qui nous a surpris cet été sur les réseaux sociaux : les papetiers locataires du lieu depuis 1987 en procédure judiciaire contre le maire de la Commune, propriétaire du domaine (le moulin et l’étang), cherchent à se « réinstaller ailleurs », abandonnant un des rares moulins à papier français complets et en état de fonctionnement. Car le moulin de Pen-Mur possède encore sa roue à eau et son arbre à cames pour actionner les maillets ! Le couple de papetiers, Carlos et Nelly Robert, avait mis toute son énergie à restaurer cette mécanique pour la faire fonctionner avec succès.

Mais, après plusieurs années de tensions et une procédure judiciaire qui donne raison au Maire de Muzillac, le Moulin de Pen-Mur va fermer : plus d’eau pour faire tourner la roue, donc plus de pile à maillet, donc plus d’histoire vivante du papier. Plus de magie, plus de maîtrise, plus d’envie non plus. En bas de cet article j’indique des liens pour vous éclairer sur cette affaire.

L’impossible réconciliation

Après l’émotion suscitée par la nouvelle que j’ai seulement découvert à la mi-août sur Facebook, c’est la triste réalité qu’il faut accepter de regarder en face : l’excellence ne compte plus en France. Elle s’efface pour laisser place aux profits et à la rentabilité, à l’uniformisation des activités quel que soit le domaine visé. On traite ainsi d’histoire et de culture comme on traite d’immobilier ou de marchandises.

Un Maître Artisan n’est pas qu’un merveilleux technicien aux mains expertes, c’est surtout un être spirituel. Une spiritualité qui s’installe en lui lentement au fil des heures de travail sur la matière et qui façonne une mentalité particulière.
La maîtrise de l’excellence, c’est lent et difficile. C’est à peu près tout l’inverse de ce qui est porté aux nues aujourd’hui ! Rentabilité-efficacité, ce n’est pas ce que la roue du moulin racontait à Carlos lorsque l’eau coulait.

S’il est possible que Carlos et Nelly Robert n’aient pas su faire « de la communication » autour de leurs problèmes débutés en 2011 — peut-on cependant sérieusement demander à un Maître Papetier de s’occuper de ces choses là — il est certain que la commune n’en a pas fait non plus. Rien concernant le moulin sur le site officiel de la commune… à part une ligne mentionnant la date d’arrivée des papetiers. Comme si la papeterie n’existait déjà plus à Muzillac.

et pourtant… regardez ce beau reportage de Nathalie.

Alors on peut difficilement imaginer un arrangement ou une discussion entre des mondes antagonistes. Le malheur c’est que l’un ne laisse plus du tout de place vitale à l’autre. Inutile de montrer du doigt « le méchant » si par notre ignorance nous encourageons le mécanisme infernal. Il faut que l’on apprenne à distinguer entre le bon et le profitable, entre la richesse et l’argent, et portez nos efforts là où il reste encore un peu de valeur culturelle.

Un funeste destin ?

A présent, quel que soit le sort (projet immobilier ??) du moulin privé de ses mouvements vitaux, on peut se demander ce qu’il apportera de plus, de mieux à la commune, à la région, au pays ?
La seule certitude c’est que Muzillac perd un trésor inestimable : Muzillac redeviendra une commune comme toutes les autres…
Nelly et Carlos Robert, devenus indésirables, vont devoir repartir de zéro. La seule chose qu’ils nous demandent aujourd’hui est de signer leur pétition électronique pour tenter d’obtenir au moins une indemnisation de départ pour réinstaller leur savoir-faire là où on saura l’apprécier à sa juste valeur…

Ce que j’ai fait et vous demande de faire aujourd’hui.

Pour en savoir plus :
– Un article de 2011 du Télégramme «L’exploitation du moulin ne convient pas»
– Un article qui résume l’affaire sur Presqu’île Gazette « Bientôt plus de papier au Moulin de Pen-Mur ? »
– Un article sur le site de Association Française pour l’Histoire et l’Étude du Papier et des Papeteries « Un moulin à papier en danger »
– La pétition « réimplanter notre moulin à papier dans un lieu plus accueillant« 

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Commentaires

  • LM
    Répondre

    Intéressant. J’en parlerai dans mon blog, je pense mardi.

    • Celine Essentiam

      super !!! <3
      il y a beaucoup de partages et je reçois des courriels de tous les côtés :)
      l’information a l’air de bien circuler.

  • René
    Répondre

    Seules des initiatives privées peuvent sauver les chefs-d’oeuvre en péril.

    Laissez le gouvernement percevoir des impôts mais ne l’engagez point à se mêler de nos affaires. Par une fatalité qui ne se dément jamais, tout ce qu’il encourage languit, tout ce qu’il dirige va mal, tout ce qu’il conserve péri.
    [Paul-Louis Courier pamphlétaire français 1772 – assassiné en1825].

    • Celine Essentiam

      Oui ! bien vu M. Courier (qui figure aussi dans notre bibliothèque) !
      Je crois beaucoup aux initiatives privées, mais nous manquons de « modèles forts » en la matière… toutefois, cette crise et ces mauvaises nouvelles obligent à tout repenser, il est grand temps !
      Voyez le point de vue du blog La Mesure de l’Excellence : http://www.lamesure.org/2015/08/chronique-du-jour-6.html

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Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

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