coquille

Du vert dans la coquille…

Observations sur les papiers marbrés « à la coquille » dans les livres du XVIIIe siècle.

Si vous possédez des ouvrages du XVIIIe siècle, vous ne pouvez pas ignorer les décors des pages de garde, que l’on nomme décor « à la coquille » ou « tourniquet« , ou encore « escargot« . Ce décor est le motif le plus rencontré sur les papiers marbrés au cours du XVIIIe siècle.
Ce motif est réalisé à partir de gouttes de couleurs, on le classe dans la famille des « cailloutés » en opposition à l’autre grande famille de décors, les « peignés » où les couleurs sont étirées en lignes que l’on déforme à l’aide d’un outil en forme de peigne.

J’aimerais vous faire partager une observation sur ces motifs à la coquille, que j’avais notée lors de ma formation chez Olivier Maupin. Mais d’abord, un peu de technique :

et pour le plaisir des yeux… un clin d’oeil à ces papiers marbrés, dits papier Turcs

Les marbrures sont obtenues en faisant flotter des couleurs grasses à la surface d’un mélange aqueux (eau + gomme). Les couleurs sont des pigments (minéraux ou végétaux) broyés au fiel de boeuf et sont indissolubles dans l’eau. Au XVIIIe siècle, pour réaliser un décor à la coquille, dans une cuve d’eau additionnée d’une gomme (sorte de gel issu de plantes comme le lichen ou le fruit de Goa), le marbreur dépose à la surface de grosses gouttes de couleurs différentes, et muni d’un bâtonnet, il « tourne » délicatement autour des gouttes pour réaliser son motif « à la coquille ». Il place ensuite une feuille de papier de lin vergé à la surface qui va absorber l’empreinte du motif flottant. Le marbreur ôte ensuite la feuille de la cuve et la rince, ce qui n’affecte pas les couleurs, puisqu’ indissolubles dans l’eau. En fait, les couleurs se fixent immédiatement « dans » le papier et colorent les fibres de cellulose. Puis la feuille est mise sous presse et cirée. On suppose que les grands relieurs de l’époque avaient leur propre atelier de marbrure et confectionnaient les pages de garde selon leur besoin. (rappelons que les pages de garde sont encore cousues au bloc livre au XVIIIe siècle).

A cette époque, les relieurs travaillent à la demande : ils ne font pas de stock de papier marbré. Ainsi, les pages de garde se fabriquent au fur et à mesure des besoins. Ce qui signifie que les décors reflètent exactement la mode du temps.

Les motifs font penser à une coquille, il y a un effet « tourniquet » facile à reconnaître. En revanche, ce qui est plus difficile à observer, ce sont les couleurs : rouge, bleu, jaune, et vert. Il faut plisser les yeux pour « voir » quelle est la couleur dominante.

  • Un décor à la coquille à dominante rouge se rencontre dans les livres de la première moitié du XVIIIe et plus précisément entre 1720 et 1750.
  • Une égalité entre le rouge et le bleu, nous nous situons vers 1750
  • Une coquille à dominante bleue, nous sommes plutôt en présence d’un livre relié de 1750 à 1780
  • Présence de la couleur verte dans le motif à la coquille, notre reliure se situe entre 1780 et 1810.

Bien entendu, ces dates sont des indicateurs de tendances. Je m’amuse très souvent à vérifier si la date de la page de titre correspond au décor des pages de gardes, et c’est très souvent le cas, surtout pour les dominantes rouge et la présence du vert.

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2 très bons ouvrages sur la marbrure :
– De la dominoterie à la marbrure par Marie-Ange Doizy
– L’art du papier marbré par Einen Miura
1 site à visiter  : Atelier La Folie

Maintenant, je vous invite à regarder vos « coquilles » et chercher s’il y a du vert dedans !
Et dites-moi si vos dominantes rouges ou bleues coïncident bien avec les dates indiquées.

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