Wolstenholme

Etablir un plan pour sa collection de livres anciens

Pour faire suite aux articles « Obstacles pour monter une collection de livres » et « Choisir le sujet d’une collection » on pourrait voir ensemble le montage, l’organisation, le plan d’une collection.

On dit bien monter une collection, et non pas répandre, aligner ou aplatir une collection 😀 ! cette notion de hauteur évoque la construction, comme si l’on pouvait édifier un monument. Après tout, c’est un peu cela une belle collection : ce n’est rien d’autre qu’un « monument », c’est la « mémoire », le livre étant déjà intrinsèquement un monument historique.

Partant de cette réflexion on peut très bien imaginer une espèce d’architecture, un monument solide et qui s’élève le plus haut possible : une pyramide, ou encore une flèche de cathédrale conviendrait parfaitement pour illustrer une belle collection. Une base solide, des étages et un sommet, le tout respectant une hiérarchie harmonieuse.

Cela donnerait à peu près cela :

pyramides

 

Du général vers le singulier, du courant au rarissime, chacun peut y concevoir ses règles de hiérarchie.
Il n’est pas rare pour un libraire de se trouver face à une pyramide étêter lors des déplacements pour estimer une collection. Les « meilleures pièces » ont disparu, reste trop souvent la base…

pyramides-montage

 

Ma collection ressemble assez à la pyramide en bas à droite… une large base et une « cerise » au dessus !

Le livre principal autour duquel j’aimerais monter une belle bibliothèque est « la nouvelle maison rustique » écrite par Louis Liger publiée « chez la veuve savoye » en 1775 : j’ai fait l’erreur d’acheter diverses éditions de « maisons rustiques », car je constate que ma collection ne décolle pas. Il n’y a pas de pièces vraiment remarquables, l’ensemble est très homogène.
Pour corriger (et m’amuser), j’ai entrepris de lister les « personnages » de la maison rustique : il y a le maître des lieux et un nombreux personnel pour faire vivre le lieu : jardiniers, bouviers, meuniers, etc… Et le véritable « personnage » du livre n’est autre que la maison elle-même, c’est-à-dire le manoir typique du XVIIIe siècle. Ne serait-ce pas là les sous-catégories et les directions de recherche pour ma collection ?

Lire ses livres, ses tables des matières et lister des lieux et des personnages permet en quelque sorte de reconstituer un univers.

Lister aussi les différents livres publiés à l’époque chez un même libraire permet de comprendre « le goût du temps » et de compléter sa bibliothèque dans le même thème.

Nous avons à disposition de nombreux ouvrages numérisés sur Gallica et sur Google Books. Il faut utiliser ces moteurs de recherche, et ceux des bibliothèques, comme worldcat par exemple. En poursuivant avec mon exemple, je cherche « chez la veuve Savoye » et je trouve « L’agronome : dictionnaire portatif du cultivateur » 1763 !… en tapant campagne dans google books : « Les délices de la campagne: suitte du Jardinier françois » ou encore « Les agremens de la campagne ou Remarques particulieres sur la construction des Maisons de Campagne plus ou moins magnifiques » et même « Découverte de la maison de campagne d’Horace » etc, etc.

Reste enfin à sélectionner et interroger les librairies, fouiller dans les catalogues, et faire quelques économies ! J’espère que ces réflexions pourront vous aider dans l’établissement de votre bibliothèque, et je compte aussi sur vous pour partager vos propres méthodes de recherche, cela peut s’avérer très utile !

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Commentaires

  • radium
    Répondre

    bonsoir,

    Merci pour cet article très bien construit, qui a la qualité de nous faire entrevoir par un des petits trous de la toile de passion des livres qui nous régit, cette tentative de construire quelque chose de cohérent avec simplement de l’amour , de la passion , des sentiments, et j’oserai dire, de la sensualité envers ces ouvrages.Mais le cohérent , ou le « montage » ne sont que de la construction.Demander a un passionné de livres de renoncer a ses acquisitions impulsives c’est comme demander a Van Gogh de peindre avec une règle…
    Bien sur qu’a un moment il faut classifier , grouper , par thèmes ,age ,papier ,Auteur,format, etc, mais la passion reste libre ,virevoltante ..devant un livre qui me séduit j’oublie tous les critères que je pourrai m’ imposer.Alors pour ce qui est de l' »équilibre » de ma « collection »,pfff je n’y arriverai sans doute jamais. Mais au fait ,on en a pas parlé, devons nous nous séparer des ouvrages qui déteignent ou font pâle figure devant ceux qui font notre fierté ? Hum,
    Moi je ne dois pas être normal, parce que j’ai l’impression que c’est souvent les livres qui me choisissent et même s’ils ne sont pas de la même famille, ils sont les bienvenus.
    Merci de m’avoir lu malgré la difficulté de mettre par écrit mes sentiments de non collectionneur.

    • Celine Essentiam

      😀 je n’arrive pas non plus !
      mais je fais la différence entre l’amateur de livres anciens que je suis (vous aussi dirait-on) avec le collectionneur, (pas forcément le collectionneur « spéculatif ») qui a bel et bien une démarche sélective. J’en ai même entendu qui n’aimait pas spécialement les livres qu’ils collectionnaient…
      Je préfère ceux qui s’amusent, qui traquent, qui cherchent, qui étudient et c’est à eux que j’ai pensé en rédigeant cet article.

  • radium
    Répondre

    Collectionner les livres pour moi c’est surtout les fréquenter .J’ai la chance, tout de même, d’avoir réussi a me spécialiser dans les ouvrages religieux (le mot « spécialiser » est un peu pompeux vu mon savoir). Je me suis tourné vers ces ouvrages parce que les livres anciens sont nés grâce a l’intérêt et a la culture des religieux et des quelques érudits qui , a l’époque, étaient les seuls a savoir lire.Et puis aussi, fréquentant les brocantes, j’ai acheté a prix dérisoire , ces petits missels qui paraissent négligés par beaucoup.
    Je me suis aperçu que ces petits livres renfermaient pleins de petits morceaux de gens disparus, des petits bouts d’âme, j’oserai dire, leurs espoirs, écrits souvent en marge, leur amour des gens ou de leur dieu et j’y ai été si sensible que maintenant je les trouve aussi importants que n’importe quel ouvrage clinquant offert a un prince et qui sans doute n’a jamais été lu.
    Bien sur on craque tous devant une reliure luxueuse, j’ai damné mon compte bancaire une fois, pour la peau de truie d’un ouvrage, mais il n’a pas réussi a me donner les émotions par ce qu’il renferme… Juste la satisfaction de le posséder. Oui la recherche de chacun est différente, posséder, collectionner, apprendre, décorer, lire tout simplement ou même épater.Ce qui est vraiment important dans tout ça c’est que les livres sortent du grenier et trouvent un foyer.

    cdt.

    • Celine Essentiam

      C’est vrai que les livres religieux ont été négligés, bradés, sous-estimés… peut-être encore aujourd’hui. Le fait de pouvoir acheter à tout petit prix ces ouvrages a permis un premier pas vers les livres anciens. Je suis aujourd’hui très étonnée et agréablement surprise par les richesses qu’ils contiennent : j’ai fait l’acquisition d’un livre récent qui retrace l’Ordre de la Visitation fondé par François de Sales par le texte et l’image, les livres religieux qui sont présentés forment un corpus incroyable ! Je regarderais bien plus attentivement nos livres religieux…
      http://www.essentiam.fr/livre-de-travail-une-histoire-du-livre-et-de-liconographie/
      Et comme vous dites, quelque soit l’intérêt (qui évolue en même temps qu’évolue l’amateur de livres), un livre fermé est un livre mort.

Un renseignement ?

Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

Je peux vous renseigner ?

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