reliure-restauration

Faire restaurer ou relier un livre, toute une aventure…

Je pense qu’il serait bénéfique pour la conservation et la valorisation de nos chers livres de savoir dialoguer en toute simplicité avec les artisans du « Patrimoine Ecrit ». On nous a tellement parlé de déontologie des métiers du patrimoine… il me semble que l‘on a involontairement fermé la porte du dialogue avec eux. Autrement dit, en exagérant les traits de mon idée : Le restaurateur ou le relieur pétrit de déontologie sait ce qu’il a à faire et comment il va faire, inutile de se poser des questions.

Faire restaurer un livre.

Lorsque vous allez pour la première fois vous adresser à un restaurateur (ou à un relieur, car beaucoup d’entre eux restaurent les livres anciens et les cartonnages), il serait pertinent de savoir lui décrire votre ouvrage, son état de santé avec photos à l’appui, avant même de vous déplacer. Cette approche montrera à votre interlocuteur que vous êtes capable d’écouter et de comprendre ce qu’il vous dira par la suite.

Il faudra ensuite le rencontrer et peut-être vous séparer de votre livre quelques jours pour lui permettre de faire son diagnostic et de vous établir un devis. Montrez lui votre attachement à l’histoire de ce livre, demandez lui des précisions concernant les matériaux et les décors qui composent sa reliure, établissez avec lui un dialogue autour de votre livre. Indiquez lui vos inquiétudes concernant l’opération de restauration : le coût, l’esthétique, les délais ? Il faut montrer beaucoup de transparence. En vérité, vous devez sonder le niveau de confiance que vous accordez à la personne en face de vous.

Dos restauré par Annick VATANT, l’Atelier du Chapitre

Dos restauré par Annick VATANT, l’Atelier du Chapitre

Malgré notre relative bonne base de connaissances de l’histoire du livre, on ne peut pas vraiment se faire une idée précise des interventions que le restaurateur aura à faire : la mécanique « ouverture-fermeture » du livre paraît simple mais n’est pas la même d’une époque à l’autre, d’un livre à l’autre. Un défaut de moindre apparence peut s’avérer être plus difficile, plus long (et donc plus coûteux) à restaurer qu’un grand dommage apparent. C’est à l’artisan de vous faire son devis et de vous expliquer le coût de son travail. S’il y a eu un bon dialogue lors de votre « consultation » il est possible que le restaurateur vous propose une seconde option, une autre approche et vous aurez la responsabilité de votre décision.

Coiffe restaurée par Anne-Elisabeth Gillot, Atelier Théus

Coiffe restaurée par Anne-Elisabeth Gillot, Atelier Théus

Avant-tout, il faut combattre ses préjugés. Si vous manquez de confiance et que vous ne faites pas affaire, il faudra savoir identifier ce qui ne s’est pas bien passé entre vous pour vous permettre de trouver « le bon » restaurateur.
Un homme, une femme, une jeune personne, un ancien ? Un atelier en ville ou à la campagne… ces quelques évocations montrent que l’on peut déjà avoir des préférences inexpliquées. Et pourtant, votre restaurateur(trice) qui travaillera sur votre livre sera peut-être loin de l’image que vous vous en faites par avance !

Faire relier un livre.

Personnellement, je vois de plus grandes difficultés à trouver « son » relieur que « son » restaurateur. Je suppose que faire relier un livre doit être un bon équilibre entre ses propres goûts et la créativité du relieur. Je n’imagine pas un instant que le relieur ne mette pas tout son coeur à « mon » ouvrage. Le relieur doit apporter quelque chose de plus que sa technique, non ? Avoir une idée très précise d’une reliure et chercher un exécutant n’est pas la bonne approche, n’avoir pas d’idée non plus. En plus de cela, il faut que la reliure s’accorde au texte… 😕

Création Anne-Elisabeth Gillot. Mosaique de cuir noir et rouge.

Création Anne-Elisabeth Gillot. Mosaique de cuir noir et rouge.

Je n’apprécie pas trop les couleurs, je reste attirée par le rouge, le noir et surtout tous les bruns ! J’aime le beau cuir, pas trop fin, pas trop brillant.

J’ai souvent songé à faire relier un livre que j’aime beaucoup « la chine dans un miroir », de Claude Roy. Pour tout vous dire, avant de m’intéresser aux livres anciens, j’ai collectionné tous les ouvrages de Claude Roy 😀 ! Ce livre sur grand papier montre la Chine vue par ce sinophile, il contient de nombreuses photographies noir et blanc, des papiers chinois découpés très colorés… Il est couvert d’un papier cristal déchiré à divers endroits. Mes goûts pour les reliures modernes ne sont pas précis, je suis trop influencée par les livres anciens, et je n’aimerais pas être déçue à cause de mes choix.

Créations Annick Vatant, travail sur du veau teinté avec impression de bambou, mosaique de cuir et papier.

Créations Annick Vatant, travail sur du veau teinté avec impression de bambou, mosaique de cuir et papier.

J’ai fini par me dire que je le verrai bien dans une boite avec étui au dos légèrement arrondi. Un papier moucheté ton sur ton, blanc cassé, ivoire? Du cuir noir (?) sur le dos, une gaine rouge peut-être… Là, « mon » relieur pourrait donner son point de vue, m’indiquer des mariages de matières inattendues, me proposer une forme que je ne peux me figurer toute seule. Il est peut-être possible de réaliser cet étui avec des cuirs bruns tout en conservant l’esprit moderne du sujet ?

De toute évidence, la boite à étui paraît être la solution qui me conviendrait le mieux et qui me libérerait des inquiétudes esthétiques. Ainsi je me ferai réellement plaisir à l’élaboration d’un tel objet, sachant qu’il laissera le livre intact.

Je pense que faire relier un beau livre n’a rien à voir avec une question d’investissement. Franchement, je ne me rembourserai jamais de l’achat de mon Claude Roy et de son superbe étui à la revente ! Je pense que faire relier un livre que l’on aime c’est vraiment s’offrir une grande satisfaction.

Les liens étranges qui se créent…

J’ai fréquemment entendu, de la part de quelques clients parisiens, de grands regrets à la fermeture d’un atelier de reliure et restauration pour départ à la retraite. Hélas, l’artisanat en général souffre de tracas administratifs, tracas étant un faible mot. La reprise d’atelier est difficile, y compris lorsque l’on transmet son entreprise à ses propres enfants… Or, le départ à la retraite d’un relieur ou d’un restaurateur cause des troubles à sa clientèle : « Qu’allons-nous devenir ? » Chacune des parties client-artisan donne beaucoup d’elle-même dans cette collaboration. Quand la confiance est là, c’est la complicité qui s’installe, ce sont des histoires qui se font. Le livre est un objet intime, il révèle des choses sur nous-mêmes, l’artisan le ressent bien. On ne change pas d’artisan comme cela !

J’ai utilisé pour illustrer cet article les réalisations de :
L‘atelier Theus dans l’Orne, Anne-Elisabeth Gillot : 02 33 34 03 47
L’atelier du Chapitre dans l’Eure, Annick Vatant : 02 32 51 45 88

Ces quelques réflexions pourront, je l’espère, nous permettre « d’oser » aller frapper à la porte d’un atelier avec un projet livresque en tête… et faire partager sa démarche et ses choix aux amis 😉 Vous avez peut-être des préférences pour certaines reliures ?

Partager...Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Commentaires

  • RADIUM
    Répondre

    Bonsoir,

    Merci d’avoir développé un peu cet art de la reliure.Pour ma part je me demandais si ce métier a des artisans spécialisés, comme par exemple un spécialiste de la peau de truie ou de certaines peaux, ou de certaines époques.Un ouvrage que notre passion nous a obligé a acquérir au prix d’efforts pécuniaires et aussi de convaincre son proche a cet effort, est difficile a laisser entre les mains d’un « inconnu ». Un peu comme faire nettoyer sa bague de fiançailles chez n’importe quel bijoutier venu.C’est pourquoi j’aimerai savoir si vous possédez une liste d’artisans a part ceux cités dans votre article qui, malheureusement sont éloignés de ma région (Paris). A moins, bien sur que ces professionnels soient tous dignes de confiance…Je me suis faite cette réflexion car une mésaventure m’est arrivée avec une montre de grande valeur que j’ai eu beaucoup de mal a récupérer et ce, parce que l’artisan est tombé en déchéance familiale et professionnelle et a fermé boutique du jour au lendemain. J’aurai aussi aimé savoir s’ il est possible de faire relier un livre tout simple comme un roman cartonné, et s’il est possible de « créer » un livre (papier, texte, et reliure). Je suppose que chacun rêve de faire relier son livre de chevet.

    cordialement

    • Celine Essentiam

      Et bien, voilà de nombreuses questions très intéressantes… et de quoi alimenter les rubriques du site 😀 Je me mets donc au travail pour répondre à toutes ces réflexions. A bientôt !

  • Maupin Olivier
    Répondre

    Bonjour Céline
    Honorable initiative de rétablir les idées reçues entre les deux professions de restaurateur de livres et celle sur relieur. Pour ma part et celle que j’enseigne au CFRPE, pour éliminer toutes polémiques interminables sur la restauration qui devrait se voir ou pas. j’établi un projet d’intervention de restauration d’une reliure sous quatre conditions.
    – La reliure à traiter doit impérativement etre d’origine et en adéquation avec l’édition du livre.
    – La reliure doit posséder au minimum 80% d’éléments anciens.
    – l’intervention proposée ne doit engager aucun traumatisme irréversible sur les matières et constructions anciennes.
    – la structure de reliure à restaurer doit être codifiée (courante et étudiée )
    Olivier Maupin
    Directeur du CFRPE
    Olivier.maupin@wanadoo.fr

Un renseignement ?

Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

Je peux vous renseigner ?

Tapez ici