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La Hollande : l’autre pays du… papier !

Avant de poursuivre l’histoire de la fabrication du papier en France, de raconter l’introduction de fibres de bois dans la pâte de chiffe et le passage d’une fabrication artisanale à une fabrication industrielle (voir la première partie : papier chiffon de lin vergé), j’aimerais faire une parenthèse sur la production de papier en Hollande. Celle-ci s’inscrit d’ailleurs dans la chronologie, nous sommes toujours en présence d’un papier réalisé artisanalement à partir de chiffons.

Cela nous éclairera aussi sur l’appellation moderne « grand papier de Hollande ».

2ème partie : la Pile hollandaise

Les protestants

La France, leader sur le marché (!) de la fabrication du papier jusqu’au XVIIe siècle, produit dans ses moulins un papier chiffon de lin vergé pour toute l’Europe. Avec l’essor de l’imprimerie, le papier devient une matière indispensable à la diffusion des textes et des idées, voire à la propagande et les protestants le comprennent bien. De nombreux artisans papetiers sont protestants.
La cohabitation « bonant-malant » entre catholiques et protestants est soudainement interrompue. 1685 : Louis XIV révoque l’Edit de Nantes, la Religion Prétendue Réformée n’est plus tolérée dans le royaume. Il s’en suit le départ de France d’un grand nombre de protestants (environ 300.000) qui s’installent majoritairement en Angleterre et aux Pays-Bas. Les artisans papetiers sans moulin à eau, ou contraints aux irrégularités des vents abandonnent l’arbre à cames des moulins et remplacent les maillets par un autre système de défibrage des chiffons, le cylindre, une invention déjà en place en Hollande : Il s’agit d’une espèce de broyeur circulaire et tranchant, tournant sur lui-même dans une cuve pleine d’eau et de chiffons, et dont le fond est garni de clous.

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Les avantages du cylindre hollandais

Egalement appelée « Pile hollandaise« , cette machine va considérablement bouleverser la fabrication du papier : elle fait gagner énormément de temps (plus besoin de laisser pourrir les chiffons), et se montre plus rentable : plus rapide dans le défibrage des chiffons et moins de main d’oeuvre nécessaire à la fabrication de la pâte. De plus, la trituration des chiffons est plus fine que sous les coups de maillets des moulins. Il en résulte une pâte plus homogène, de belle qualité, qui séduit un grand nombre de libraires (comprenons « éditeurs »).
Ce papier est « mal vu » des français. On trouve dans les observation de M. De Lalande dans son « Art de faire le papier » quelques pointes assez méprisantes : « Si le papier fin de Hollande passe pour être plus beau que celui de France, il n’est assurément pas aussi bon : il se coupe lorsqu’on le plie, il se déchire lorsqu’on le roule. Il ne peut soutenir l’impression ; les caractères le percent, sur-tout quand ils sont neufs et aigus. » ou encore « le papier de Hollande se coupe, et ne peut supporter l’impression aussi bien que le nôtre. Cela vient peut-être aussi delà qualité des eaux saumâtres de Serdam, où sont situées les papeteries hollandaises »
Sans jouer le chauvinisme, il faut reconnaître que la présence de sel dans les eaux de la pâte à papier ne peut qu’accélérer l’oxydation du fer éventuellement présent dans la dite pâte. Mais les avantages économiques l’emportent, et la Pile Hollandaise va progressivement gagner sur le terrain de la fabrication. Elle arrivera en France tardivement (un siècle plus tard) et les Hollandais s’imposeront sur le marché du papier.

Les grands papiers d’aujourd’hui

Les appellations « grands papiers » d’aujourd’hui sont un hommage à l’histoire de la papeterie. Les tirages limités ou tirages de luxe s’impriment sur un papier de grande qualité « reproduisant » les caractéristiques des papiers de fabrication artisanale (vergeures, filigrane, velouté, etc…). On trouve dans ces appellations les termes de « vergé » « velin » « Japon » ou « Hollande« … Les tirages de luxe sur papier de Hollande sont bien évidemment réalisés sur un papier industriel, (en continu) toutefois les « fausses » vergeures rappellent ce temps où la Hollande a surpassé la France avec son Cylindre ou sa Pile !

Pour le plaisir : voici une vidéo qui montre les 3 grands temps de la fabrication du papier dans l’histoire : d’abord au moulin, les maillets en action (on y voit une démonstration avec un modèle réduit de l’arbre à cames), puis la pile hollandaise d’où est extraite la pâte dans « la forme » et enfin la machine à papier en continu.


Moulin à papier de La Rouzique à… par Region_Aquitaine

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