desacidification

L’acidité des papiers : source d’inquiétude pour les conservateurs de livres anciens

Un grand nombre des maux des conservateurs de l’écrit (documents graphiques, livres et papiers) provient d’une source de désarroi : l’acidité des documents à conserver. Vous l’avez vous-même déjà remarqué : votre Jules Verne chez Hetzel, votre manuel scolaire ou précieux dictionnaire de pépé des années 20, vos journaux de 14-18 ou de l’avènement d’Hitler, la photo de Grand-Cousine sur la plage, la cuisine de Tante Marie, que sais-je… oui, même les vieux que-sais-je, tous ces périodiques, livres et documents sont en grand danger : ils peuvent disparaître, s’effacer, se désintégrer. 😯

Même rangés et conservés dans les meilleures conditions (bon climat, à l’abri de la lumière et de la poussière), même en vous privant de les consulter (ce qui est inconcevable), les documents produits et publiés pendant un siècle (du XIXe au XXe) ont un défaut commun : ils sont acides. Ils portent dans leur consistance, dans leur matière, une chimie qui ne résiste pas à notre « temps » environnemental. Ainsi, les pages de nos livres du XVIIe et XVIIIe siècle paraissent bien « neufs » face à un Gallimard des années 40. Paradoxalement, alors qu’on a désiré publier à grand tirage, qu’on a cherché à démocratiser savoirs ou idées, on a produit des textes qui peinent à parvenir en bon état jusqu’à nous. La commercialisation à grande échelle a un coût : la matière première.

L’acidité du papier

La fabrication des papiers a complètement changé à la fin du XVIIIe siècle, les chiffons de lin ont été abandonnés au profit du bois. Le bois, dont la substance essentielle, la lignine, est extrêmement acide, donne un papier qui jaunit, qui se casse et s’effrite, comme s’il vieillissait à toute allure. Très tôt, le phénomène de dégradation a été remarqué et on a cherché à améliorer la fabrication de la pâte à papier : pour masquer ce jaunissement dû à la lignine du bois, on a ajouté à la pâte des charges destinées à obtenir un papier plus blanc ; hélas, on a encore aggravé la situation en ajoutant des agents acides à la pâte à papier.
Ajoutés à cette acidité intrinsèque, certains éléments de la reliure ont eux aussi participé à la dégradation accélérée de cette production : les cartons employés pour les plats (les couvertures) et les colles, notamment. Ainsi, il est courant de voir dans nos descriptions de livres que les premières et dernières pages d’un ouvrage sont plus marquées par des rousseurs que les pages centrales : l’apposition des cartons acides de couvertures aux premières et aux dernières pages de certains livres jouent un rôle dans la dégradation du papier. Sans parler de tous les autres phénomènes néfastes, et il y en a un nombre considérable (pollution, humidité, exposition à la lumière, etc…) le processus de dégradation de cette production pose un véritable problème.

La situation est-elle désespérée ?

Non, pas tout à fait. Les scientifiques, sans qui nous ne connaîtrions pas la physique et la chimie des livres anciens, travaillent toujours à ce problème. Ils ont déjà imaginé un remède qui tombe sous le sens : si l’acidité est une cause de fragilité extrême et de dégradation des papiers, il n’y a qu’à les désacidifier ! Et voilà… tous à leurs éprouvettes, et dans le monde entier, on échange observations et expériences sur un nombre considérable d’échantillons. Les publications scientifiques à ce sujet ne manquent pas, elles sont juste illisibles pour des esprits comme le mien (où les formules moléculaires et les analyses dans la langue de Shakespeare ne font pas bon ménage avec l’envie de lire). Et pourtant, c’est passionnant : ce domaine de recherche est en constante évolution, non seulement on sait aujourd’hui désacidifier certains papiers, mais on sait en mesurer les effets à long terme. On sait accélérer le vieillissement d’un échantillon et donc observer si le traitement est efficace, s’il ne provoque pas d’autres dégradations, bref on travaille dans la durabilité.
La grande difficulté réside dans l’application du traitement qui est lourd et coûteux ; en ce qui concerne les livres, ce traitement feuille à feuille oblige au déreliage, bref c’est aujourd’hui impossible à réaliser à grande échelle. Pensons qu’il y a des millions de documents d’archive qui attendent une solution !

à moins de traiter en masse…

Je viens tout juste de prendre connaissance d’un procédé allemand : une solution qui semble plus que performante et dont la vidéo ci-dessous montre le principe. (c’est en anglais).

Notre rôle, en tant que possesseurs de documents anciens :

Prendre conscience que nous détenons des objets peu ordinaires. Inclassables dans les biens de consommation, pas tout à fait à leur place sur le marché de l’art, peu médiatisés (par voie de conséquence), et comme Culture se confond avec Divertissement, nos vieux papiers, journaux et livres anciens ne comptent que sur nous pour leur sauvegarde. Adressons-nous aux artisans du livre : restaurateurs et relieurs sauront intervenir sur un ouvrage en péril et dans les règles de l’art. Au quotidien, mes conseils pour l’entretien, le dépoussiérage, les manipulations des livres reliés sont simples mais très utiles. Il me faudra aborder les conseils sur les livres brochés, ce qui me fait penser qu’il y a tant de choses à faire sur le sujet…En ce qui concerne les vieux papiers, j’indiquerai qu’il faut ôter agrafes, trombones, ou autres attaches, ne jamais utiliser de Scotch, et si possible utiliser des pochettes de rangement adaptées, j’y reviendrai dans un prochain article. Enfin, espérons que la Conservation de tous les patrimoines sera une priorité dans les programmes des années à venir, mais ça… c’est politique !

Pour en savoir plus, lire ce mémoire de l’EFPG : désacidification du papier des documents anciens

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