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L’amour qui bouquine : varia et curiosa

Livres anciens, livres rares, modernes illustrés, varia et curiosa… Je vous propose de découvrir — pour ceux qui ne le connaisse pas encore — Monsieur Bertrand Hugonnard-Roche, de la librairie L’Amour qui bouquine. Un de ces libraires passionnés et passionnants, un irréductible Gaulois qui aime la vie, la nature, les femmes et faire bonne chère ! Il a eu la gentillesse de se prêter spontanément à l’entretien qui suit…

Céline Essentiam : Bertrand Hugonnard-Roche, vous êtes libraire d’anciens, de livres rares et installé en Bourgogne dans une jolie maison de campagne. C’est « la maison des livres anciens bourguignonne ». Pouvez-vous nous indiquer comment vous trouver ?

Bertrand-Hugonnard-RocheBertrand Hugonnard-Roche : Vercingétorix ! Alésia ! Cela signifie-t-il encore quelque chose aujourd’hui ? Je ne sais pas.
Ma librairie est située à 100 mètres en dessous de la statue de Vercingétorix érigée sur les ordres de l’Empereur Napoléon III en 1865. 15 mètres de cuivre repoussé, de bronze et de pierre qui sont, il faut bien le dire, l’attraction principale du village aujourd’hui.
Je suis donc installé en Pays Mandubien, peuple gaulois qu’il ne fallait bien chercher très longtemps. César en a fait les frais en 52 avant J.C. comme tout le monde sait. Bien sûr César a gagné la partie, Vercingétorix s’est rendu et la Gaule a poursuivi sa romanisation.
Les siècles ont passé et un libraire est venu, un peu par hasard, poser ses rayonnages de livres rares et moins rares sur ces terres illustres. La Bourgogne avait tous les atouts pour accueillir ce projet.
Ouverte depuis avril 2002 la librairie L’amour qui bouquine s’est toujours attachée à proposer aux amateurs de beaux livres choisis. Il y a bien sur du maroquin, du beau papier, d’agréables parfums de vieux livres ou de livres plus modernes. Pour nous trouver ce n’est donc pas si compliqué : Bourgogne – Alésia (Alise-Ste-Reine) 3 heures d’arrêt (c’est un minimum pour faire le tour des rayonnages).

CE : Pas de magasin, de boutique, vous ne travaillez que sur internet ?

BH-R : La librairie existe bel et bien en dur ! Une maison du XVIIe siècle entièrement restaurée est dédiée aux livres, gravures, dessins, photographies, etc.

  • Le rez-de-chaussée présente le « varia » (tous thèmes à l’exclusion du curiosa).
  • A l’étage, c’est l’Enfer !

Par « Enfer« , dans notre jargon, on désigne l’espace dans une bibliothèque (ou une librairie) réservé aux livres licencieux, interdits, que l’on se doit de cacher aux yeux chastes. Notre Enfer contient donc la section « curiosa » (encore du jargon) de notre librairie (tout ce qui est érotique et au delà … pornographique même il faut appeler un chat un chat). L’activité de la librairie est presque exclusivement tournée vers la vente par correspondance via internet ou sur catalogue. Nous n’avons pas voulu d’horaires d’ouverture pour éviter les contraintes de ce genre qui ne sont pas vraiment dans nos gènes quelque peu « libertaires ». La librairie s’ouvre cependant avec le plus grand des plaisirs sur rendez-vous (un simple appel téléphonique pour s’assurer de notre présence suffit).

CE : Quels ouvrages peut-on trouver chez vous ?

BH-R : Franchement on y trouve de tout quand on cherche un peu. Nous avons plus de 5.000 références en livres, estampes, photographies, dessins, documents. Depuis la carte postale ancienne à la reliure en maroquin doublé du XVIIe siècle. Il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les budgets. Depuis maintenant presque 15 ans, notre « marque » a toujours été, chaque fois que cela nous est possible, de sélectionner de beaux exemplaires très bien conservés. Nos clients le savent bien.

CE : Vous êtes également le fondateur du site www.octaveuzanne.com consacré à la vie et à l’oeuvre d’Octave Uzanne (1851-1931). Comment avez-vous « rencontré » ce personnage et qu’est-ce qui a déclenché chez vous cette quête ?

BH-R : Grande histoire que celle-ci ! Octave Uzanne a donné son nom à notre librairie « L’amour qui bouquine » (c’est le titre d’un poème écrit à Octave Uzanne et publié dans une petite revue de bibliophilie en 1876.
Octave Uzanne je l’ai rencontré au début des années 90 au travers de sa superbe revue bibliographique « Le Livre ». 20 volumes d’une richesse documentaire inouïe !
J’ai découvert le personnage petit à petit, jusqu’à vouloir en savoir plus, et encore plus. L’ouverture du site www.octaveuzanne.com il y a quelques années m’a permis d’organiser mes recherches et de classer l’imposante documentation réunie. Deux ouvrages ont vu le jour depuis « Quatorze sensations d’Art » (2014) et « Dictionnaire Bibliophilosophique » (réimpression augmentée, 2015). J’ai d’autres projets en court que je préfère taire pour le moment afin de conserver la surprise pour 2017 si tout va bien.

CE : Vous sentez-vous proche de lui ?

BH-R : Octave Uzanne (1851-1931) est un auteur et un personnage très attachant. Dandy esthète amateur d’art et bibliophile, écrivain rejeté et méprisé, ses écrits méritaient mieux, selon moi, qu’un oubli profond. J’ai tenté de faire remonter à la surface quelques facettes intéressantes de son caractère. Il reste encore beaucoup à faire. Parfois je me sens très proche de lui et parfois très éloigné aussi. Mon seul objectif le concernant étant d’en apprendre un maximum pour le « portraiturer » au plus proche de la réalité désormais passée et déjà si loin.

CE : Une autre de vos spécialités est le Curiosa. Pouvez-vous expliquer aux néophytes ce que c’est ?

BH-R : J’ai un peu répondu déjà plus haut. Le Curiosa c’est l’Enfer ! C’est tout ce qui concerne l’érotisme et le sexe en matière de littérature, illustrée ou non. Les éditions clandestines des années 1880 à 1970 font partie de cette section « réservée aux adultes ».
Mais il y a bien d’autres choses encore. Depuis le XVIe siècle et les Postures amoureuses des César en gravure sur bois jusqu’aux livres illustrés par Picasso ou Dali. Du plus secret au plus célèbre, du plus léger érotisme à la pornographie la plus glauque, il y en a vraiment pour tous les goûts.

CE : Sait-on d’où vient ce mot « curiosa » ?

BH-R : Curiosa (latin) veut dire curieux. Au XVIIIe siècle des cabinets de curiosités ont été mis en place par de riches amateurs collectionneurs. On y trouvait alors un peu de tout, de l’animal exotique empaillé jusqu’aux objets insolites venus des contrées lointaines. Petit à petit le terme curiosa s’est imposé (on ne sait pas vraiment exactement quand ni comment) pour désigner ces cabinets. Il semble que ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que le mot « curiosa » a été employé pour désigner ces rayonnages pervertis …

CE : Peut-on trouver des livres érotiques vraiment anciens ?

BH-R : Oui, il en existe du XVIe siècle, rarement illustrés cependant. Dès le XVIIe siècle on trouve des livres avec des eaux-fortes érotiques, mais ils sont aujourd’hui fort rares et recherchés. Au cours du XVIIIe siècle la production de ce genre d’ouvrage s’est amplifiée. L’apogée arrive au milieu du XVIIIe siècle jusqu’à la fin du siècle. Les productions du Marquis de Sade, du Chevalier Andréa de Nerciat, etc., donnent matière à une abondante illustration érotique. Et tous les petits textes peu connus aujourd’hui aux saveurs de scandales dont les bibliophiles raffolent aujourd’hui. Ma librairie propose des livres érotiques de toutes les époques mais nous avons cependant un faible pour les livres des années 1870 à 1960. On appelle ces livres des « modernes illustrés » bien que les plus anciens aient déjà plus de 150 ans d’âge !

CE : Seriez-vous d’accord de nous préparer un atelier « petite histoire du curiosa » ?

BH-R : Oui, avec plaisir, j’ai déjà fait un atelier pour maison de retraite, un autre pour école maternelle, les uns comme les autres ont semblé passionnés par ce que je leur racontais. Le problème de notre temps est que la plupart des gens n’écoutent pas, soit par manque de temps, soit par manque d’envie (ce qui serait plus grave). Il faut donc réveiller les envies de « curiosité » et que chacun essaye de se donner le temps d’entendre ce que les autres pourraient leur apprendre. Je suis donc à la disposition des « curieux » !

Amitiés bibliophiles,
Bertrand Hugonnard-Roche


En pratique, toutes les adresses de L’Amour qui bouquine :

L’adresse mail : librairie-alise[@]orange.fr

Si vous passez vers Dijon… un petit détour vers Alésia, après avoir téléphoné :
Librairie L’amour qui bouquine – Bertrand Hugonnard-Roche – 14, Rue du Miroir 21150 Alise-Sainte-Reine – Tél : 06 79 90 96 36 / 09 63 63 14 01

Sur internet :

www.lamourquibouquine.com
et également la boutique varia sur Ebay : LIBRAIRIE-ANCIENNE-HUGONNARD-ROCHE

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