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Les livres anciens destinés à la jeunesse

Les livres anciens destinés à la jeunesse m’évoquent immédiatement les contes illustrés, les romans d’aventuriers, les albums cartonnés que parcouraient les enfants de la bourgeoisie ou les écoliers récompensés pour la qualité de leur devoirs… (et que parcourent encore aujourd’hui les « grands enfants » que nous sommes restés). Il est vrai qu’avant le développement de la scolarisation (vers 1830) le lectorat « jeune » était quasi inexistant.
En choisissant pour garnir la vitrine de la librairie Essentiam 3 albums de l’Oncle Hansi publiés pendant la 1ère guerre mondiale, où les enfants sont littéralement impliqués dans le conflit, je me suis interrogée sur l’histoire des livres pour la jeunesse et par conséquent sur la place de l’enfance dans le monde éditorial.

Très brève histoire des livres pour la jeunesse

Rares étaient publiés sous l’Ancien Régime des textes destinés à la jeunesse, sauf à l’éducation des jeunes Princes ou quelques textes exceptionnels dont la jeunesse s’est emparée au(x) siècle(s) suivant(s), mais qui au départ n’étaient pas écrits pour elle, comme le Don Quichotte de Cervantes ou Histoires ou Contes du temps passé, avec des moralitez de Perrault ou les Aventures de Télémaque de Fénelon, ou encore le Robinson Crusoe… (ces textes ont été abondamment réédités pour la jeunesse 100 voire 200 ans après leur première publication, enrichis par des illustrations). Rappelons aussi que les enfants restaient près des femmes (leur mère et leurs nourrices) jusqu’à l’âge de 7 ans. Puis les garçons étaient instruits à partir de 7 ans par les hommes.

Il faut attendre le dernier tiers du XVIIIe siècle pour trouver des livres conçus et écrits pour les enfants. S’ils sont écrits pour eux, ils n’ont pas pour vocation première la distraction, mais plutôt la morale religieuse et l’instruction pour entrer dans le monde. Le « Magasin des Enfants » par Madame Leprince de Beaumont au milieu du XVIIIe siècle sera le modèle des livres de jeunesse jusqu’au début du XIXe siècle avec « l’Ami des Enfants » par Berquin, ou le « Théâtre pour servir à l’éducation » par Madame de Genlis.
Cette tendance vient d’Angleterre, où Madame Leprince de Beaumont fut la gouvernante de jeunes filles de la Haute Société et peut s’expliquer par une « avancée » de l’industrialisation des livres par rapport à la France et par conséquent une ouverture des publications sur une nouvelle cible de lecteurs, avec le développement de thèses nouvelles sur l’éducation où il est question d’instruire en amusant. L’instruction est donnée sous forme de dialogues ou de comtes.

Après la Révolution, on commence à voir, en plus des livres d’éducation, des livres de « récréation », mais la frontière entre les adultes et les enfants, où chacun de ces mondes possède ses codes, n’est pas encore rompue.

Au XIXe siècle, l’industrialisation du livre et les lois pour le développement de la scolarité ont largement élargi l’éventail des publications françaises. Quelques éditeurs se sont spécialisés dès le début du XIXe siècle dans ce nouveau marché que représentait la jeunesse, en employant les nouvelles techniques d’impression et de façonnage qui donnaient à l’image une place majeure : gravures sur bois, lithographie, chromolitho, etc. Les reliures ont su s’adapter aussi, pour séduire le jeune public : les couvertures sont devenues « parlantes », c’est-à-dire qu’elles présentaient une illustration colorée et un gros titre doré. Les livres scolaires, les livres de prix et les livres pour Noël se multiplient. Des collections à l’identité visuelle forte voient le jour, rouge et or ou rose… Citons Hachette, Hetzel, Barbou, Mame, Delagrave, Garnier … le nom de ces éditeurs évoquent immédiatement les romans édifiants, les historiettes, les aventures romanesques, les histoires d’animaux, etc…

A ce moment la frontière entre le monde des adultes et des enfants s’effrite peu à peu : on adapte des romans d’adultes pour eux, on mêle la politique à la fiction, pour eux on crée aussi des périodiques… les enfants sont des adultes miniatures, on tient compte de leur âge et de leur sexe.

La rupture totale des sphères adultes et enfance semble complètement rompue au début du XXe siècle avec la Grande Guerre. Jusque-là, les périodes de guerres et de troubles faisaient considérablement diminuer la production d’ouvrages, mais à l’annonce de la 1ère guerre mondiale la production n’a pas cessé. Jamais l’enfance n’aura été aussi mêlée au monde des adultes : la guerre mobilise toutes et tous. (y compris le Petit Chaperon Rouge avec la grand-mère Paix et le loup boche !). A l’école, on joue avec des petits fusils de bois pour imiter les pères partis sur le front. La censure étant de retour, il n’est pas permis de démoraliser la population. Ainsi, le patriotisme est encouragé et les nouveaux héros de la jeunesse sont les poilus qui envahissent les jeux et les livres. Il n’est donc pas surprenant de lire dans les histoires pour enfants combien le « boche » est mauvais et fourbe, comme dans les albums de l’Oncle Hansi, l’Alsacien, qui subit l’occupation allemande depuis 1870.

Les techniques d’impression permettent de produire des livres attractifs (bandes dessinées) et de moins en moins onéreux. L’adulte impose (en les adaptant) ses messages aux enfants jusqu’à la fin de la 2nde guerre mondiale où la psychologie va peu à peu venir remplacer la morale… et verser de nouveaux messages « modernes ».

Quelques liens sur de jolies pages « enfantina » :

>> L’élégante collection de contes et de fables de Richard
>> Une liste de textes rares et anciens pour la jeunesse
>> Une exposition de livres pour les enfants de la BNF
>> Une sélection de bandes dessinées d’hier et d’aujourd’hui sur Abebooks

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Commentaires

  • LM
    Répondre

    Le livre est une transmission. Il a quelque chose de magique.

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