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Livres anciens : les protéger du soleil et de l’humidité

Grands ennemis des livres anciens, les facteurs naturels ou environnementaux peuvent créer de nombreux dégâts. Soleil, pollution et humidité, comment protéger sa bibliothèque ?

1) les rayons UV autrement dit le rayonnement du soleil ou de la lune.

Le premier dégât très visible d’une exposition à la lumière est la décoloration des pigments et des encres : les dos des livres sont « insolés », les gravures « décolorées ».

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L’exposition à la lumière est également grave pour les pages des ouvrages édités à partir du début du XIXe siècle, au moment où l’on introduit le bois dans la fabrication du papier. En effet, le bois étant de nature un matériaux acide, il se produit une augmentation très rapide de cette acidité et une oxydation de la fibre : le papier jauni très rapidement et perd sa résistance mécanique, il devient très cassant à la moindre manipulation.
 Il est possible de faire restaurer votre ouvrage insolé, ou votre gravure effacée, mais à notre connaissance il n’est plus possible de rendre au papier ses qualités initiales…

La prévention consiste donc à éviter que la bibliothèque soit exposée aux ardeurs du soleil. L’idéal est de la prévoir dans une pièce qui se trouve à l’Est. (le Nord et l’Ouest étant sujet à l’humidité).

2) la pollution ou présence de dioxyde de soufre dans l’atmosphère :

chauffage au charbon, au fioul, véhicules à moteur diesel, centrales de production électrique ou de vapeur, chaufferies urbaines, etc.

On connaît les effets néfastes des « pics de pollution » sur la santé, sur les livres on constate une dégradation profonde des reliures en cuir, surtout sur celles en veau jaspée réalisée à partir de la fin du XVIIe siècle. La mode à cette époque consistait à décorer le veau blond avec une marbrure ou une jaspure brune, non seulement l’effet était très esthétique mais il permettait de cacher les petits défauts du cuir blond très fragile et très salissant. Cette teinture brune était obtenue par le mélange de noir de fumée (pour la couleur) et de sulfate de fer et d’eau (pour fixer cette couleur). Le sulfate de fer exposé au dioxyde de souffre et à l’humidité produit du vitriol ! Ainsi se forment des perforations de la surface du cuir aux endroits des marbrures ou des jaspures.
 Bien que le chauffage au charbon ne soit plus de mode, il est difficile de se prémunir de la pollution atmosphérique.

La prévention consiste à soigner vos reliures en appliquant une cire adaptée pour stopper l’évolution de cette dégradation.

La cire la plus connue et la plus citée sur internet est la cire 213 de la BNF. Ses qualités protectrices et insectifuges sont certainement convaincantes, en revanche pour l’avoir utilisée, par manque de connaissance ou d’informations, nous avons eu d’autres désagréables surprises. Aussi avons nous fabriqué notre propre cire pour reliures anciennes : elle répond aux exigences de conservation et d’amélioration esthétique des cuirs et contient les essentiels qui déplaisent aux insectes. (reportez-vous à l’article : les bibliophages)

3) l’humidité, l’eau, l’inondation

L’humidité fait des ravages dans la production écrite. Elle provoque entre autre :
– Les moisissures. Une atmosphère humide est chargée en spores et favorise le développement de moisissures, d’autant plus rapidement si la température est inférieure à 16°C ou supérieure à 25°C. Il en résulte un dépôt de mycélium sur les matières cellulosiques (papier ancien) nourriture du champignon. Très vite les dégâts sont visibles à l’oeil nu : tâches violettes, rouges ou noires selon l’âge du champignon.

– Le gauchissement des matières lors d’une inondation, ou d’une humidité très importante : le livre se « tord » car ses matières carton, cuir et papier se décollent de leur support. Les dilatations des matériaux sont irrégulières en fonction de leur nature et selon leur capacité à absorber l’eau. L’effet est d’autant plus accentué par le séchage urgent du livre ou document.
Il est possible de confier un livre gauchis à un restaurateur qui saura intervenir en pulvérisant de la vapeur d’eau sur les matières papier et carton et les contraindre par séchages lents à retrouver « librement » leur état d’origine.

– Les rousseurs et les mouillures : La composition acide du papier mixte ou mécanique, par la présence du bois dans la pâte, est particulièrement sensible à l’humidité. Une fois encore, l’acidité sera augmentée et provoquera des piqures de rouilles : des taches rousses apparaissent sur les pages : on dit des rousseurs. Dans le cas d’une inondation partielle d’un livre, le même phénomène accélérateur se produira sur le papier avec en plus le dégorgement des tanins du cuir. Il en résulte au séchage une large trace brunâtre : on dit des mouillures.
Il faut savoir que les mains expertes d’un restaurateur sauront effacer ou estomper ces horribles défauts. Toutefois le coût peut être élevé car il faudra souvent démonter entièrement le livre endommagé.

La prévention consiste à préserver sa bibliothèque de l’humidité en garnissant le fond avec un parquet de lambris parfaitement joint par exemple, ou à s’assurer que les murs ne suintent pas. Bien respecter les températures (entre 16 et 25°C). Il faut aérer la pièce dès que le temps est beau. Si la bibliothèque est fermée par des portes ou des battants, il faut les ouvrir pour laisser l’air nouveau circuler à l’intérieur… et bien les fermer le soir pour empêcher d’autres ennemis du livres y pénétrer : les insectes.

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Commentaires

  • guignabel
    Répondre

    Bonjour,

    Mon père viens de mourir et laisse une bibliothèque de millers de livres gardés dans une pièce très humide.
    C’est une piece de pierre sèche sans fenêtre adjacente a la maison. située dans les Cevennes , je crains les hivers rigoureux et cherche une solution pour assainir cette piece afin d’y garder les livres.
    Je ne pourrais m’y rendre que dans 6 a 8 mois donc cherche une solution de longue durée.

    Si je ne trouve pas de solution pour assainir cette piece, il me faudra archiver les livres et les mettre dans des cartons dans la maison.

    je vous remercie d’avance d’éventuels conseils.

    Julia

    • Celine Essentiam

      Bonjour Julia,
      Voilà une bien triste nouvelle.

      Concernant cette pièce sans fenêtre… je ne vois qu’une solution d’attente, faire un piège à l’humidité :
      – acheter du sel qu’on met sur les routes pour déneiger (ou du sel spécial humidité) et
      – 3 ou 4 « essoreuses » à salades que vous utiliserez sans couvercle.
      Verser du sel dans l’espèce de passoire de votre panier à salade (vous pouvez mettre du papier filtre à café pour que le sel reste bien dans la passoire). Posez les paniers au sol. Le sel va boire l’humidité de la pièce, et l’eau tombera dans le fond du panier.
      J’ai fait cela dans mon atelier dont le toit faisait passer énormément d’humidité. Cela marche très bien… mais ce n’est qu’une solution d’urgence.

      Ce qu’il faudrait impérativement, c’est aérer cette pièce ! Sans fenêtre je ne vois pas comment, à moins de faire installer des bouches d’aération. Il faudrait pouvoir chauffer cette pièce aussi durant les mois froids et humides.

      Avez-vous remarqué l’apparition de tâches sur les livres ? ce sont des livres reliés ?

Un renseignement ?

Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

Je peux vous renseigner ?

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