washi

Papier japon : comment choisir et reconnaître un washi de qualité ?

Le papier japon est une excellente alternative coût et temps pour restaurer reliures ou documents graphiques. Ce matériau, bien employé, possède toutes les qualités exigées par les conservateurs : neutralité et réversibilité. Lorsqu’on intervient sur une reliure (consolidation d’un mors ou réfection d’une coiffe) il est préférable d’employer un papier japon qu’un cuir « moderne » de mauvaise qualité. De plus, il sera plus facile de démonter une restauration au papier japon qu’une greffe de cuir, car on applique le papier japon sur le cuir ancien (et non dessous dans le cas d’une greffe de cuir).
Partant du principe qu’une intervention sur une reliure ne consiste pas à cacher une misère mais à apporter une réelle consolidation mécanique, le papier japon par sa nature « résistante » peut remplir cette mission. Il n’aura cependant pas de longue tenue dans le temps, ni l’esthétique d’une belle restauration traditionnelle.

D’abord, pourquoi dit-on « papier japonais » ou « papier japon » ou « washi » ?

Parce qu’il s’agit d’un papier traditionnellement fabriqué au Japon, et que l’on traduit mot pour mot WASHI qui s’écrit : 和紙 (WA signifie japonais et SHI papier). Amusez-vous à copier et coller 和紙 dans google, vous trouverez le wikipédia japonais relatant l’histoire du papier japonais. 😉
Washi n’est donc pas une « marque » de papier, washi désigne l’ensemble des papiers japonais. Il y a trois grandes familles de papier washi, liées à des centres de fabrication ancestraux et aux fibres issues d’arbustes japonais :

plantes-a-papier

gampi ガンピ
la fibre la plus « noble » et la plus ancienne, qui combine résistance, brillance et souplesse.
kozo コウゾ
une fibre longue et extrêmement résistante, que les japonais considèrent comme une fibre masculine
mitsumata ミツマタ
une fibre plus délicate et soyeuse extraite d’un arbuste se développant plus lentement (et par voie de conséquence le papier est plus coûteux), considérée comme une fibre féminine.

Dans la vidéo ci-dessous, vous verrez les fibres de kozo (prêtez l’oreille, la jeune femme énumère « kozo » « mitsumata » « gampi »)

On trouve également des fibres issues d’autres plantes, comme le chanvre, l’alfa, ou l’abaca utilisées telles qu’elles ou mélangées aux fibres du mûrier qui donnent d’excellents papiers.

Comment reconnaître un papier de qualité ?

Vous devez reconnaître la qualité d’un bon papier Japonais en examinant :

ses bordures :
les bords d’une feuille de papier japon sont « boursoufflés », la feuille n’a pas été massicotée. Le papier réalisé de façon artisanale présente forcément un excès de pâte sur les bords de la feuille « faite à la forme ».
ses fibres :
regardez en transparence le papier et voyez les fibres bien visibles entre-mêlées en étoile.
sa chaleur :
difficile à évaluer mais un papier japonais de bonne qualité fait penser à un tissu chaud au toucher.
sa couleur naturelle :
méfiez-vous d’un papier d’une blancheur « intense », qui risque d’avoir été blanchit chimiquement et qui du coup n’a sûrement pas un PH neutre.

Quels papiers se procurer ?

Outre gampi, kozo et mitsumata, voici des références de papier japonais de très bonne qualité : Ino shi, Tosa washi, Hosakawa, Tengujo, Udagami, Zenyu, Atsu shi (et Kashmir aussi, je ne le connais pas celui-là). Je suppose qu’il en existe d’autres, à vous de vérifier les critères de qualité des bords, des fibres, de la chaleur et de la couleur.

Je me suis rendue exprès au magasin « Géant des Beaux Arts » pour voir les papiers proposés (car sur le site internet il n’y a pas de description convaincante, et on ne peut pas toucher !). Les feuilles de papier sont stockées à plat et classées par nature. Il y a beaucoup de références dans le magasin et j’ai passé pas mal de temps à choisir mes feuilles, d’autant plus que je n’avais pas précisément besoin d’effectuer une opération particulière sur un livre.

Je pars donc du principe qu’il faut du papier de différents grammages (on parle de force dans le cas des papiers japonais).
– une feuille de léger grammage (pour réparer des déchirures sur des pages), j’ai choisi Hosakawa
– une feuille de grammage moyen (pour interventions sur papier ou reliure), j’ai choisi Udagami

Je peux donc assurément vous conseiller ces deux références (Hosakawa et Udagami) mais on ne peut les acheter qu’en lot (de 3 et de 5). Toutefois, le plus judicieux est de commander l’assortiment de 10 feuilles qui permet un choix plus large en force et en texture.

Côté pratique :
atelier-livreIl NE faut JAMAIS DÉCOUPER LE PAPIER JAPON aux ciseaux ou au Kutter (on perdrait tout l’intérêt de ce matériau), mais le DÉCHIRER avec nos doigts ou avec une pince à épiler quand on a besoin d’un tout petit morceau. Les fibres sur les bords ressemblent à des sortes de poils ; ces « poils » adhérent au papier ou au cuir, et rendent la réparation extrêmement discrète et solide. Il faut bien entendu respecter leur sens, ne pas les tordre mais les placer dans leur position naturelle.
Les colles à employer :
– Colle [glossary id=’1003′ slug=’amidon’ /] (méthylcellulose) pour intervention sur papier
– Colle à l’alcool (hydroxypropylcellulose) pour intervention sur cuir.

Partager...Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Commentaires

  • lucas
    Répondre

    Bonjour, Votre article est clair et vous avez raison, il est difficile de se rendre compte de la qualité d’un papier japonais traditionnel par le biais d’internet. C’est pourquoi, notre site les-papiers-de-lucas propose un nuancier que nous remboursons dès le premier achat. Par la suite les commandes n’on pas besoin d’être importantes en volume. le washi peut se commander en toute petite quantité pour répondre à une restauration bien précise .
    Cordialement.
    Lucas

Un renseignement ?

Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

Je peux vous renseigner ?

Tapez ici