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[Portrait] Pierre de Witte, collectionneur de dictionnaires

D’après M. Jean Pruvost, directeur du Musée Virtuel des Dictionnaires, un dicopathe est une « Personne atteinte d’une passion incurable pour le dictionnaire et qui ne souhaite pas en guérir, mais contaminer le plus de personnes possible.« 

Si le mot n’est toujours pas dans le dictionnaire la maladie, elle, persiste toujours chez Pierre de Witte… Non seulement sa passion est incurable, mais nous le soupçonnons d’avoir fait germer chez de nombreux amateurs de livres le virus. Il suffit de visiter sa bibliothèque pour ressentir immédiatement quelques premiers troubles symptomatiques.

A noter au passage : ces hautes bibliothèques sont composées de 2 meubles montés tête-bêche l’un sur l’autre. (cliquez sur une image et faites défiler)

Avant de lui donner la parole, et pour nos lecteurs qui ne le connaissent pas, voici une brève présentation :

Pierre de Witte habite en Belgique et nous permet de visiter sa bibliothèque en ligne. Son site internet, dico-collection.com, initialement conçu comme un catalogue, est devenu une mine d’informations savantes et amusantes. Si l’on aime jouer avec les mots, si l’on est curieux ou en panne d’inspiration on sera surpris de rester de longs instants sur ses pages.
Si l’on cherche des références, des informations sur des dictionnaires ou des encyclopédies, on sera cette fois surpris de les trouver aussitôt : car sur Dico Collection sont rassemblées plus de 700 notices de dictionnaires et d’encyclopédies, du XVIe siècle à nos jours classés chronologiquement ou par thème. Il semblerait que Pierre de Witte ait réalisé la plus grande collection privée de dictionnaires.

Naissance de la collection.

Je me suis demandé comment Pierre avait pu contracter sa dicopathie, j’ai pensé que son tout-premier dictionnaire devait pouvoir nous éclairer sur la question.

Pierre de Witte :

Etant jeune, je n’avais pas l’âme d’un collectionneur. Ce qui m’intéressait, c’était le “BEAU”, l’art pictural, étant moi-même graphiste, ceci explique cela.
Un jour, alors que j’avais 22 ans (j’en ai 73), j’ai reçu d’un oncle le Larousse Universel 1922 en 2 gros volumes qui comporte 27.000 gravures NB de grande qualité, à la suite de quoi j’ai acquis le Larousse du XX° siècle 1928, en 6 vol + supl… ça y était, le ver était dans la pomme (pour ne pas dire dans le livre), j’ai commencé à chercher tous les dico’s avec gravures, principalement la période d’entre guerre, qui en est particulièrement fournie (les Quillet, Hachette, Flammarion, Trousset, Larive & Fleury, Lachatre, Dupiney de Vorrepierre, etc…)

La chose curieuse, c’est que Pierre aurait « dû » alors collectionner les estampes, puisqu’elles étaient l’objet de sa quête. Et c’est là qu’il est intéressant d’observer le mécanisme d’une collection en gestation ; laissons-le poursuivre :

Après des débuts de tâtonnement, un ami bruxellois, propriétaire d’une libraire ancienne, me proposa d’acquérir tous les volumes de texte de l’Encyclopédie de Diderot, ce qui ne m’intéressait pas trop sans les planches dessinées, mais sur son insistance je me suis laissé tenter. Et jamais je ne l’ai regretté, puisqu’il m’avait donné une bonne base à ce qui allait devenir Dico Collection plus tard.

Patience et passion : les moteurs du collectionneur

Voilà, on y est : la base de la collection est en place. Cette fameuse encyclopédie, incomplète de ses planches forme les fondations de l’édifice à construire. Le thème et les pistes de recherche se mettent naturellement en place. Reste à résoudre de nouveaux problèmes : les recherches, la gestion du budget, l’organisation physique, etc…

S’est alors posé le problème de circonscrire le “thème” de ce début de collection : j’ai alors opté pour le simple fait de ne prendre que des livres  comportant le mot Dictionnaire ou Encyclopédie dans son titre, (ce qui n’a pas toujours été le cas, lors d’achat groupé par exemple). Et je dois dire qu’il y a plus de 35 ans, je ne connaissais pas d’autres collectionneurs de dico’s et mes recherches étaient quelquefois laborieuses, tout comme aussi heureuses, parfois. A cette période, Internet n’existait pas. Mais dès les débuts de celui-ci, j’ai remarqué des différences énormes dans les prix, (ce qui n’existe presque plus actuellement, en 2015, car tout est unifié). Internet m’a permis de faire quelques bonnes affaires…

J’imagine à quel point la passion de Pierre a transformé la vie à la maison, a suscité l’étonnement de son entourage… et tous ces livres à étudier, soigner, ranger, trier…

Puis dans les années 90, j’ai été confronté au problème de doublons, du à un manque de classement organisé. Combien de fois n’ai-je pas acheté des ouvrages en double ou en triple sans le vouloir ? Donc là s’est posé le problème du classement et de la recherche rapide.

Création du site internet Dico Collection

Le site actuel vient d’être complètement refondu, suite à de graves problèmes techniques liés à des failles de sécurité et à des problèmes d’hébergement. Et je peux témoigner de la grande difficulté à réparer ou à devoir reconstruire un site internet, seul, tant nous y mettons du cœur et du contenu. D’un mal sort un bien, le site a été corrigé de ses erreurs et enrichi de nouveaux articles intéressants. Car outre la notion de partage et de plaisir, le site internet de Pierre est un auxiliaire devenu indispensable, c’est en quelque sorte le maître d’œuvre de l’édifice.

Nous l’avons vu plus haut, les volumes sont rangés avec beaucoup de goût dans les bibliothèques.

J’ai opté pour un classement pour le plaisir des yeux, et donc par hauteur de livre, ce qui a donné ce bel aspect à ma bibliothèque située dans la plus belle pièce de ma maison.

et pour le catalogage ?

J’ai constitué un fichier informatique où chaque ouvrage est répertorié (il faut savoir que certains dictionnaires comportent plus de 50 volumes) avec sa description, des photos, surtout le dos du livre, tel qu’il se présente dans la bibliothèque, afin que je puisse le reconnaitre d’un coup d’œil. Cela m’a permis ensuite de mettre toute ma collection sur le net, visible à tous, bien que je ne sois ni commerçant de livres, ni libraire professionnel. Dico Collection m’a permis d’entrer en contact avec des amis bibliophiles et autres dicopathes sympathiques et j’en suis heureux.

Une autre preuve de dicopathie ?

Tandis que les volumes sont harmonieusement et sagement disposés dans les bibliothèques, foisonnent sur le site internet des photographies, des proverbes, des dessins, et même… des abeilles !!!

abeilles

Pierre nous étonne déjà beaucoup avec ses dictionnaires, mais il a d’autres centres d’intérêt : l’informatique, le dessin et l’apiculture… Or un dictionnaire manquait à la collection, parce qu’introuvable et qu’édité « en épisodes » au début du XXe siècle dans une revue mensuelle d’apiculture : Mon dictionnaire apicole de Mr Léon Helle. Un manque cruel pour le collectionneur apiculteur mais… pas insurmontable. La dicopathie de Pierre l’a tout simplement conduit à réactualiser et éditer l’ouvrage sous la forme d’un double livre, aujourd’hui le seul véritable dictionnaire dédié aux abeilles et à l’apiculture !

signetsIl est bien possible que notre ami Pierre nous réserve encore d’autres histoires, d’autres aventures humaines que sa passion des dictionnaires et son grand cœur lui ont permis de vivre… pour notre plus grand plaisir. A suivre donc, sur Dico Collection.

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Commentaires

  • ferreri
    Répondre

    Bonsoir, encore une belle découverte et un beau partage
    gracié

    • Celine Essentiam

      Pierre de Witte est quelqu’un de très sympathique et très accessible. Il est aussi lecteur d’Essentiam !!! sa collection ressemble à son caractère : curieux, amusé, ouvert aux autres. Cela m’a fait plaisir d’écrire ce texte et de fouiller sur son site internet :)

  • Paul Heffinck
    Répondre

    Je connais Pierre depuis bien longtemps déjà. J’ai eu le privilège de pouvoir à la fois
    admirer la bibliothèque et l’homme qui l’a composée.
    Il s’agit d’une superbe réalisation qui est l’œuvre de toute une vie d’un collectionneur particulièrement chaleureux et d’une extrême gentillesse. Il a le droit d’en être extrêmement fier.
    Il m’a permis un jour de compléter une ancienne collection et je lui en serai toujours amicalement redevable.

    • Celine Essentiam

      Merci Paul pour votre témoignage, vous même collectionnez les dictionnaires ?

Un renseignement ?

Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

Je peux vous renseigner ?

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