lecture

Première leçon de lecture d’un livre ancien

Cet objet « étrange » qu’est le livre ancien possède un pouvoir fascinant. Et en même temps, il peut rester « étrange » à qui le tient en mains si celui-ci n’a pas suffisamment de clés pour l’apprécier pleinement.
Au mot livre, on associe « lecture » ; ce qui n’est pas le cas pour « livre ancien ». On dit plutôt « consulter un livre ancien ». Quel dommage de se priver du nectar d’un texte imprimé il y a 200 ou 300 ans !

Cet article m’ a été inspiré par un groupe de personnes descendant la rue Monnier, s’arrêtant devant notre vitrine avec l’un d’eux s’exclamant : « ça peut se lire, ça ? ».

Par où commencer ?

Commençons par la date de l’édition.
La première fois que j’ai eu en mains un livre ancien ne m’a pas portée aux nues, pour dire la vérité cela ne m’a pas vraiment enthousiasmée : Un gros rectangle marron, un peu bosselé, des « fautes de frappe », des lettres mal formées sur un papier irrégulier, quelques dessins en noir et blanc… Des U comme des V, des S comme des F, … Seule son ancienneté m’indiquait qu’il fallait y faire attention : quelqu’un avait inscrit au crayon la date en chiffres arabes tout près de la date en chiffres romains, et cela a attiré mon attention.
La première chose que j’ai lue a donc été la date de l’édition en chiffres romains sur la page de titre. Aidée de l’indication manuscrite, l’effort de déchiffrage a été simple. C’est d’ailleurs le seul véritable « signe » à déchiffrer dans un livre ancien (enfin, d’un point de vue littéraire).

M valeur 1000
D valeur 500
C valeur 100
L valeur 50
X valeur 10
V valeur 5
I valeur 1

Une lettre de petite valeur placée devant une lettre de valeur supérieure s’y soustrait :
IV (valeur 1 devant valeur 5 = 4)
IX (valeur 1 devant valeur 10 = 9)
CD (valeur 100 devant valeur 500 = 400 ans)
etc…
Sinon, les valeurs s’additionnent :
VI (valeur 5 devant valeur 1 = 6)
XI (valeur 10 devant valeur 1 = 11)
DC (valeur 500 devant valeur 100 = 600)

l’année 2012 s’écrit : MMXII (1000+1000+10+2) et ma date de naissance : XIV – IV – MCMLXIX 😉

mauriceau

Place au texte maintenant

Mon conseil pour aborder un texte est de ne pas essayer de le « traduire » dans notre langage. Il faut oublier tout ce que l’on sait, il faut simplement lire, ânonner sans se soucier du sens. Le mieux c’est de chantonner le texte ! On lit en chantonnant (intérieurement) et en prononçant toutes les lettres.
Si vous lisez « font » à la place de « sont », ce n’est pas grave, continuez en chantonnant. Dans les premiers temps, on ne comprend pas vraiment tout, il faut essayer un autre paragraphe, une ligne ici ou là, et surtout s’amuser.
En regardant régulièrement les textes de votre livre, vous verrez que très rapidement, les yeux repèrent le dessin des mots sur lesquels on bute, puis à un moment, on ne bute plus. La musique du texte n’est plus étrange à notre oreille, le sens vient et avec lui toutes les subtilités de l’esprit de l’auteur.
J’ai l’habitude de lire (j’allais dire couramment) des livres anciens, je les lis toujours avec cet accent chantant et je suis transportée.

Vous remarquerez très vite que la typographie (ce que j’appelle le dessin des mots) des livres anciens joue un rôle essentiel dans la lecture : nous avons l’habitude d’un lettrage droit comme celui que vous lisez actuellement, les lettres sont droites et surtout l’espace entre les lettres est régulier, et non pas « irr égu lie r » comme souvent sur les pages des livres anciens. De même l’espace entre chaque ligne est parfaitement régulier, ce qui n’est pas toujours le cas dans les livres anciens. Si vous cherchez à traduire en langage moderne une phrase, vous serez quand même gênés par l’irrégularité de la formation des mots. Il faut accepter ces caractères italiques ou ces compositions irrégulières, plutôt que vouloir les corriger mentalement, on perd son temps et surtout on gâche le plaisir de la lecture.
Ce que je constate c’est qu’il m’est plus difficile de comprendre un texte ancien recopié avec nos caractères et nos lignes régulières que tel qu’il est imprimé…

De même, les fautes d’orthographes nous gênent dans la compréhension (sur les pages d’hier comme sur celles d’aujourd’hui). Mais penser que l’imprimeur en publiant « enfans » a oublié le « t » (enfants) ne serait pas juste. Vous trouverez très souvent « enfans » dans les publications du XVIIe et XVIIIe siècle. D’ailleurs, la personne qui a composé le texte de l’époque ne sait ni lire, ni écrire.

Après un peu d’entraînement, on verra ensemble d’autres bizarreries que l’on rencontre sur les pages de nos chers livres et à quoi elles correspondent. En attendant, indiquez dans les commentaires ce qui vous gêne le plus dans la lecture d’un texte imprimé, ou comment vous vous êtes familiarisés avec les textes. A bientôt !

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Commentaires

  • Daniel Focsa
    Répondre

    Bonne Année MMXIV et les meilleurs voeux pour vous et pour ce nouvel site qui est merveilleux ! :)

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Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

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