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Quel monde après les livres ? [1]

Sources photo : « une bibliothèque sans livres » (tout un programme !)

Il me semble qu’on est en droit (je dirais même qu’on a le devoir) de se poser cette question et de penser que le livre va disparaître des chaînes de fabrication, disparaître des usages de lecture dans les années à venir… Et pour ouvrir cette rentrée 2016, je propose qu’on y réfléchisse ensemble !

Tout d’abord, qu’est ce qui me fait penser à cette éventualité?

Dans cette première partie, je vais tenter de lister des arguments et je compte sur vous, comme toujours, pour en suggérer d’autres ou pour me contredire 😉 en utilisant les commentaires.

1) A chaque objet son support

Il m’est impossible de réaliser cet article sans vous exposer un déroulé : j’ai besoin que vous lisiez le début pour vous permettre de me contredire ou d’augmenter mes arguments. Or, comment m’assurer que vous suivrez le déroulé de mon humble raisonnement ?
Car je compte enrichir cet article de liens hypertexte, d’illustrations, et prendre le risque de vous perdre…
Le sujet proposé mériterait un beau développement thèse, antithèse, synthèse. Il me demanderait beaucoup plus de temps et de rigueur à réaliser et à vous beaucoup plus de disponibilité pour me lire. Un essai imprimé conviendrait mieux que ce blog…

Toutefois tentons quand même l’expérience sur cet écran !

Le support est une sorte d’étagère sur laquelle on peut déposer des objets. Les matériaux et les structures des étagères doivent être en relation avec le poids et la fonction des objets. Il paraît inconcevable de déposer une figurine en porcelaine sur l’étagère d’un établi de bricoleur (même si c’est physiquement possible). En revanche, déposer un outil lourd sur l’étagère d’une vitrine en verre est tout à fait physiquement impossible.

Le livre est un support, tout comme ses ancêtres et ses successeurs l’ont été ou le seront. Reste à comprendre ce qu’on y déposait ou deviner ce qu’on y déposera (si toutefois on aura encore quelque chose à y déposer) !

On ne peut donc pas envisager de restreindre l’utilité, le poids et le volume des objets, et de ne considérer qu’un seul type d’étagères. On peut aussi concevoir de déposer nos objets ailleurs ou même… concevoir de se passer d’objets.

Alors pourquoi ce raisonnement ne s’appliquerait-il pas au support qu’est le livre ?

2) Le monde avant les livres

La deuxième raison est que le livre a fait disparaître les autres supports de lecture en usage depuis plusieurs siècles, et notamment la forme la plus subtile et persistante qu’était le « volumen« , ce rouleau que l’on déployait pour lire. Le livre ne pourrait-il pas à son tour être supplanté par autre chose ?

Les civilisations égyptiennes, grecques et romaines, dont l’héritage culturel est si vaste et si incontesté, ont produit, diffusé et « consommé » leurs cultures sur ces rouleaux.

Voyons ce que dit Christian Jacob dans le Dictionnaire Encyclopédique du Livre à propos du volumen :

Livre en rouleau tel qu’il existait dans l’Antiquité, qui prenait la forme d’une longue bande de matière souple (papyrus, en général) que l’on roulait sur une baguette […] et sur laquelle un texte était écrit à la main, perpendiculairement à l’axe d’enroulement.

Nahetal und Hunsrück

Les feuilles de papyrus (kollemata) étaient collées les unes aux autres de manière à composer un ruban végétal continu. On appelle kollesis la zone de chevauchement (en moyenne 2 cm) de deux pages collées ensemble, le bord d’une feuille étant appliquée par-dessus la feuille qui lui succède sur la droite.

A l’époque de Pline l’Ancien (1er siècle ap. J.-C.), le rouleau de 20 feuilles constituait un format standard. Selon la largeur des feuilles, le volume avait alors une longueur totale comprise entre 320 et 360 cm. […] Dans la bibliothèque grecque de la « villa des papyri » à Herculanum, la longueur moyenne des rouleaux était de 6 à 9 mètres.

La feuille étant composée de deux faces, […] l’usage s’est imposé de destiner à l’écriture la face intérieure du rouleau.

Voilà pour la définition avec un extrait de l’anatomie du volumen et voici pour l’image avec ce fragment de roman grec non identifié (BNF)

volumen

On note au passage qu’il existait des volumens illustrés, « aussi bien des traités scientifiques et techniques, qui pouvaient comporter des schémas et figures insérés dans le texte même, que des textes littéraires, qui pouvaient être illustrés par des colonnes d’illustration ; le lecteur pouvait avoir simultanément sous les yeux la colonne de texte et la colonne illustrée.« 

Un jour pourtant, quelqu’un a eu l’idée de plier les feuilles de papyrus et de les lier entre elles…

codex-sinaiticus-st-catherines

Découverte d’un exceptionnel codex de l’ancien Mexique

3) Naissance du livre : évolution ou innovation ?

Les historiens du livre (les paléographes et codicologues) ont l’assurance qu’à la seconde moitié du 1er siècle après J.C. l’objet « livre » existait : ce sont les épigrammes de Martial qui mentionnent ce que nous concevons comme un livre.

J’emprunte ici une partie de la définition du mot CODEX (l’ancêtre du livre) donnée par M. Jean VEZIN dans le dictionnaire encyclopédique du livre :

A la fin du 1er siècle de notre ère, le poète Martial décrit dans plusieurs de ses Epigrammes une forme du livre constituée par des feuillets de parchemin pliés qu’il nomme pugillares, terme qui sert à désigner les tablettes à écrire munies d’un manche. La manière dont il les présente montre qu’il s’agissait alors d’une nouveauté dont il expose les avantages. Leur faible encombrement permet d’emporter facilement ces tablettes de parchemin, pugillares membranei, en voyage et elles occupent une faible place dans une bibliothèque. […] D’autre part leur manipulation est facile car le lecteur peut les tenir d’une seule main, ce qui était impossible dans le cas d’un rouleau.

On pourrait donc penser que cette nouvelle forme était une évolution, une nouveauté permettant :

  • de faire l’économie de papyrus ou de parchemin (car on utilise avec le livre le recto ET le verso de la page)
  • de compiler dans un même livre plusieurs rouleaux,
  • de présenter un confort de lecture

Mais, malgré ces avantages indéniables, le livre (codex) n’a pas été adopté avant longtemps : très peu de références littéraires à son sujet un siècle après son apparition et même… on voit dans les enluminures du Moyen Age beaucoup de représentations de moines lisant un Rotulus (un rouleau d’une seule colonne et qui se lit à la verticale, un peu comme sur votre écran d’ordinateur). Il faut attendre la fin du haut Moyen-Age pour que le livre s’impose vraiment au détriment du rouleau.

Une simple évolution n’aurait pas rencontré tant de résistance, alors pourquoi tant d’attente ?

Et bien je pense que le livre (le codex) n’a pas été une évolution du rouleau mais une innovation, dans le sens où cette nouveauté a eu un véritable impact quasi irréversible jusqu’à l’arrivée récente du numérique.

Cet impact fut rendu possible par le pouvoir de la page qui organise la pensée, permet de se repérer comme le rappelle Jean Vexin :

Le maniement du codex […] facilite notamment les retours en arrière en cours de lecture et la recherche de références. Dans une culture où la mémoire jouait un rôle considérable, les auteurs reproduisaient leurs sources sans recourir à l’original. L’usage du codex a introduit progressivement une plus grande rigueur dans les citations. […] L’helléniste Alphonse Dain a même estimé que la facilité de retour en arrière offerte par le codex avait permis aux auteurs une plus grande précision dans la composition de leurs œuvres.

Le livre — c’est à dire la page qui cadre la pensée et la succession de pages qui ordonne la pensée — a fait naître une pensée encyclopédique, organisée, pour expliquer l’Univers. La mémoire des auteurs et des lecteurs a été « assistée » par ce nouveau support et il ne pouvait plus être question de raisonner comme au temps des volumens après avoir adopté ce nouveau format.

4) Les symptômes d’un grand bouleversement

Je n’ai pas les connaissances nécessaires pour vérifier si, à la fin de l’Antiquité il y eut des signes qui montrèrent une modification de la pensée favorisant le nouveau support « livre » au détriment du volumen… J’ai peur de commettre une erreur et un raccourci en rappelant que l’arrivée du Christianisme et des invasions barbares qui ont marqué la fin de la civilisation antique puisse être en rapport avec l’utilisation du nouveau support « livre ». Auquel cas, l’échec de la civilisation romaine pourrait signifier l’abandon de son principal vecteur culturel et intellectuel qu’était le rouleau de papyrus. Et de là on pourrait extrapôler en voyant l’échec de notre civilisation de la « raison » où les valeurs jusqu’à présent identifiées et classées sont fortement perturbées depuis la déferlante technologique qu’est le numérique et imaginer l’abandon du principal vecteur qui forme notre esprit : le livre.

C’est pourquoi je préfère m’en tenir à « la page » (à l’ordre des pages d’un livre), qui a détrôné les rouleaux et qui à mon avis est maintenant mise en danger par le numérique.

La liseuse électronique n’a pas eu d’impact sur notre rapport à la lecture parce qu’elle imite le livre en respectant la page telle qu’on peut la voir imprimée. Elle permet de compiler dans un seul appareil un nombre considérable d’ouvrages, elle permet de se déplacer avec toute une bibliothèque en poche… N’est-ce-pas une argumentation qui pourtant ressemble fort à celle de Martial vantant les qualité du codex par rapport aux volumens ?

Or malgré tout, la liseuse électronique n’a pas eu le succès commercial escompté… car, pour le moment, la liseuse électronique respecte la page et l’ordre des pages d’un livre déjà paru dans sa forme papier. Dans sa forme actuelle, elle n’est (à mon avis) qu’une simple évolution du livre. La liseuse électronique n’a pas créé de nouveaux lecteurs, mais a puisé dans le vivier des lecteurs de livres papier.

En revanche, elle crée de nouveaux auteurs en proposant son format à l’auto édition. Elle reste donc une sérieuse menace à la publication de livres sur papier mais, la raison d’une plus grande menace est ailleurs.

L’impact du numérique dépasse largement notre rapport aux objets.

Il bouleverse notre appréhension du monde, il modifie en profondeur toutes les structures de notre société et déplace les valeurs. L’espace et le temps n’ont plus le même sens, le réel se confond au virtuel, tous les cadres (ou les obstacles) s’ouvrent les uns après les autres. Notre mémoire est hyper-assistée (jamais notre mémoire ne s’est trouvée à ce point hors de nos têtes) et notre intelligence inférieure sans doute déjà à celle dite artificielle. Le numérique c’est d’abord et avant-tout l’ère du Big Data. Nous enrichissons et sommes immergés dans une base de données si gigantesque qu’elle devient inconcevable à notre raisonnement.

Voyez ces quelques réalisations qui dépassent largement ce que nous pouvions concevoir jusqu’à présent : Les dix innovations technologiques les plus prometteuses du monde en 2016. Toutes les filières économiques sont touchées, on peut dire que bientôt tout ce que l’on peut imaginer deviendra « réalité ».

Alors vraiment, le cadre d’une page pourra-t-il longtemps résister à cela ?

5) Le monde sans livre existe déjà

Si une étude réalisée par IPSOS en 2014 indique que 70% des Français sont des lecteurs (un lecteur est comptabilisé s’il a lu au moins 1 livre au cours des douze derniers mois), elle montre alors que 30% des français ne lisent pas ou plus. C’est le manque de temps qui est évoqué majoritairement comme le frein principal à la lecture.

… malgré cela c’est 560 nouveaux romans qui vont paraître en Septembre 2016. Une offre inadéquate à la demande.

————–

Conclusion de cette première partie :

Les historiens du livre ont pris le parti de mettre dans le mot « livre » tous les vecteurs porteurs de connaissances écrites ou graphiques. Ainsi le volumen est pour eux « le livre de l’Antiquité » puis vient le « codex » le livre manuscrit, puis le livre imprimé, puis… le livre numérique.

Pourtant, il me semble que chacun de ces supports possède une fonction différente et qui ne conduit pas au même raisonnement.

Un monde sans livre n’a malheureusement aucune raison de ne pas exister.

Avec la disparition des volumens, c’est la parole antique qui a disparu, avec celle des livres ce sera la pensée de l’homme. Nous allons vers autre chose, et l’être « humain » ne le sera plus comme on le conçoit aujourd’hui. Quelque chose d’autre (un meta-livre ?) fournira les informations, les connaissances, les idées et c’est ce qui pourrait être « amusant » d’envisager dans la deuxième partie de cet article.

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Commentaires

  • Daniel Focsa
    Répondre

    Pas question que le livre imprime sur papier disparaisse.

    • Céline Essentiam

      Regardez les pré-commandes de livres sur Amazon France !
      Franchement Daniel, il est fort possible que ces lecteurs là soient plus fascinés par ce que pourra produire le monde d’après les livres…
      null

  • biblioaprenent
    Répondre

    Caius InterneTitus a dit: Internet volant, scripta manent.

    • Céline Essentiam

      😀 autrement dit, ce qui doit rester restera !
      oui, c’est bien possible si l’on ne détruit rien, d’où mon attachement à la conservation des livres anciens. Car justement, côté conservation des livres on va voir disparaître beaucoup d’imprimés du XIXe et début XXe qui partent en poussière, tandis que les imprimés plus anciens conservent une certaine fraîcheur. Est ce à dire que les écrits « modernes » n’ont pas vocation à rester ?
      En outre, le numérique (la numérisation des ouvrages imprimés) garantira-t-il la pérennité des textes ?

  • Jean-Paul Fontaine
    Répondre

    Malgré la volonté affichée partout, par je ne sais quel groupe de pression, de voir disparaître le livre imprimé, je n’ai aucune crainte : la relève, – éditeurs, libraires et lecteurs -, est déjà là.

    • Céline Essentiam

      J’aimerais que ce soit la conclusion de cette série d’articles !

  • Henri Gaud
    Répondre

    Peut nous importe la destinée du livre, qui dépasse nos espérances de vie, il nous restera largement de quoi lire avec ceux qui sont déjà imprimés.

  • Bayard Daniel
    Répondre

    Le numérique garantie il la pérennité des textes ? Rien n’est moins sûr? Un gros problème du numérique c’est l’évolution des supports, leur rupture et la perte des moyens techniques de lire les anciens supports. Un exemple concret : en dehors de quelques spécialistes, qui est encore capable de lire des disquettes 5  » ou 3″1/2 ? Pas grand monde. Qui n’a pas perdu des photos ou ses notes suite à une rupture de disque dur ? On parle du Nuage, ou du cloud computing pour la sauvegarde des données, c’est une illusion, tout est bien en hard, sur terre dans des immenses data center. Quid de ces data center en cas de conflits, de perte d’énergie, de séisme ou d’attaque volontaire de terroriste du net ? J’ai eu l’occasion de discuter à plusieurs reprise avec un responsable info du CNRS il m’a toujours dit « tes photos fais les imprimer et stockes les dans des albums, c’est le seul moyen d’être certain que tu pourras les voir dans tes vieux jours et que tu les transmettras aux générations futurs ».
    Le livre et le papier est un support tellement simple et évident qu’il n’est pas encore mort loin de là. Dans toute évolution il y a des avancés et des retours en arrière.Pour la recherche plein texte, l’analyse, le numérique est sans doute bien plus puissant et pratique, mais pour lire un roman de la poésie, ou de la philo quel intérêt, le livre est une évidence.
    Place à la poésie, dès qu’on me dit qu’il n’y a plus rien, je ne peux résiter au plaisir de citer Léo Ferré,
    « il n’y a plus rien » (…)
    Et ce rien, on vous le laisse !
    Foutez-vous-en jusque-là, si vous pouvez,
    Nous, on peut pas.
    Un jour, dans dix mille ans,
    Quand vous ne serez plus là,
    Nous aurons TOUT
    Rien de vous
    Tout de Nous
    Nous aurons eu le temps d’inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
    Les larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
    Le sourire des bêtes enfin détraquées,
    La priorité à Gauche, permettez !
    Nous ne mourrons plus de rien
    Nous vivrons de tout
    Et les microbes de la connerie que vous n’aurez pas manqué de nous léguer, montant de vos fumures
    De vos livres engrangés dans vos silothèques
    De vos documents publics
    De vos règlements d’administration pénitentiaire
    De vos décrets
    De vos prières, même
    Tous ces microbes juridico-pantoufles
    Soyez tranquilles,
    Nous avons déjà des machines pour les révoquer

    NOUS AURONS TOUT
    Dans dix mille ans.

    • Céline Essentiam

      😀
      Merci Daniel !
      c’est drôle, je viens d’acquérir une imprimante pour tirer mes photos 😀

  • Jandot Michel
    Répondre

    Les marchands visent le marché du livre qui est censé être capté par la tablette. C’est oublier que l’objet premier de l’informatique est d’assister l’homme dans des tâches complexes. Lire est à la fois un plaisir intellectuel et sensuel (le livre est un bel objet) et non pas un labeur

    • Céline Essentiam

      La tablette ressemble trop au livre pour pouvoir le « détrôner » (à mon avis). Je crains que l’informatique est en train de nous assister dans toutes les tâches ! complexes ou non.
      Quand je pense à tout ce que fait déjà l’informatique pour nous soulager et qu’en même temps j’entends toujours « je n’ai pas le temps de lire », « je n’ai pas le temps de faire la cuisine », « je n’ai pas le temps de faire les courses », je me demande comment on faisait avant 😀 et surtout que fait-on du temps libéré ?

  • Chantal Séguret-Lauque
    Répondre

    Merci pour cet article et toutes les pistes qu’il ouvre. A la volée, 2 réflexions sur l’influence de nos nouveaux modes de « consommation » : quelle influence a sur nous la gratuité de cet immense puits de connaissances ? Un livre, on l’achète, souvent, on le garde : davantage de respect ?
    ensuite, une tendance au saupoudrage, à l’éparpillement, à la superficialité de la pensée, une difficulté à saisir ce qui est important de ce qui ne l’est pas.
    Mais le livre résiste ! Témoin, cette petite vidéo espagnole (avec sous titres en français) qui imagine un monde où le livre n’existerait plus. C’est par ici
    https://www.youtube.com/watch?v=5QH-MG6gw5A

    • Céline Essentiam

      merci Chantal pour ce commentaire judicieux !
      – La gratuité nous rend complice du succès de l’innovation numérique >> et permet aux géants du numérique, les GAFA (google, apple, facebook, amazon) de collecter des données sur nous. Ces données précieuses ont remplacé l’or, elles se marchandent, elles changent complètement les règles du jeu du commerce, de l’éducation, de la politique…
      Franchement, qui aurait lu mon article s’il avait été demandé 1 euro ? Personne. Parce qu’en quelques années seulement, la « gratuité » du net est acquise. La finance n’est plus la résultante d’une production, il n’y a plus d’étalonnage.
      En outre, la gratuité permet de commenter, de donner son avis, de juger les produits et services. Sous cet aspect de partage et de « démocratie » cela est séduisant. Pour le GAFA c’est là encore une richesse inouie ! Vous verrez dans la 2nde partie comment ces données sont utilisée (en ce qui concerne les livres).
      – quant au saupoudrage dont vous parlez, c’est une technique marketing qui s’appelle l’enfouissement. Jusqu’à présent elle consistait à écraser un concurrent local qui péniblement produit un flyer pour se faire connaître ou pour faire une promotion. Pour qu’il n’y parvienne pas, les « gros » produisent une masse de flyers, catalogues et autres qui viendront polluer notre boite aux lettres. Résultat ? tout part à la poubelle ! L’offre du petit nouveau passe à la trappe.
      Je ne dis pas que sur le net, les « gros » enfouissent, seulement la gratuité qui permet à tous de s’exprimer permet la dispersion des informations.
      Vous verrez que la gratuité mènera vers l’auto édition numérique, que les auteurs vont se multiplier, qu’il n’y aura pas que du bon (enfouissement) et qu’in fine personne ne verra de mal à ce que le circuit traditionnel de l’éditeur, le comité de lecture et l’imprimeur disparaissent.
      A moins que… ??? ce serait là une troisième partie d’article fort intéressante.

  • Pierre-Yves Le Cosmographe
    Répondre

    Mon angle pour l’analyse de l’histoire du livre est celui de la diffusion au plus grand nombre de la pensée, d l’histoire et de la littérature. Pour l’histoire récente du livre, on le constate du passage du manuscrit au livre imprimé puis du livre à la presse à la production de journaux à bases de papier en rouleaux et enfin à la possibilité d’une diffusion effrénée grâce à la presse Cameron qui peut produire selon l’encyclopédie du livre deux exemplaires à la seconde soit 7000 livres à l’heure…..donc la diffusion au plus grand nombre, le Web par Google ou Wikipédia s’inscrit dans cette continuité d’hyper diffusion , le support est éphémère et s’inscrit dans une obsolescence programmée pour réimprimer le texte et le fournir sans arrêt .. ceci étant maintenant démodé puisque l’on peut imprimer son livre, le lire sur une tablette et agrandir soi même les caractères, tout est disponible ou presque c’est une question de temps en impression à la demande ou en téléchargement, des grosses sociétés et des gros capitaux ont été investis pour piller les bibliothèques…les droits d’auteur depuis Beaumarchais ne seront peut être bientôt qu’un lointain souvenir…c’est pourquoi le livre de Poche a marqué le début de la fin d’une conception du livre à transmettre, aujourd’hui on est plutôt dans la submersion….un exemple où la liberté va tuer la liberté, amoindrir, le sens critique, l’intérêt d’un jugement voire même tout simplement une opinion ….

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Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

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