bandeau

Qui est in ? qui est hors ? les illustrations des livres anciens

Outre le fait de s’intéresser aux textes, aux auteurs, aux éditions, aux reliures… une des grandes joies de feuilleter un livre ancien est de pouvoir contempler les images. On se prend alors à identifier les traits, les caractéristiques graphiques (hachures, pointillées, lavis…) et aussi la technique employée pour imprimer ces images. Sur les ouvrages du XIXe siècle, et surtout ceux du XXe, la technique est souvent indiquée sur la page de titre : on verra « bois gravés » ou « lithographies » ou encore « eaux fortes« … mais sur les ouvrages plus anciens, il n’y a pas ces précisions.

Alors on voit souvent dans les descriptions le terme générique de « gravures » — La gravure, c’est l’action de graver, de creuser une matière dure. C’est aussi la matrice qui permet de reproduire et de dupliquer les signes en reliefs et en creux obtenus à l’aide d’un outil sur une matière dure (le bois, le métal) ou à l’aide d’un acide sur du métal. — Effectivement, les images, les lettrines, les figures et vignettes, (c’est-à-dire tout graphisme en dehors des caractères typographiques) présentes dans les livres anciens ont été gravées dans une matière dure, matière qu’on a ensuite encrée et sur laquelle on a pressé une feuille de papier. L’empreinte obtenue se nomme l’estampe.

Alors ! ouvrage orné de « gravures »… C’est un peu comme si je vous disais : ce matin un oiseau s’est posé sur le seuil de la librairie. Si je précise un moineau, vous ne serez pas trop surpris, s’il s’agit d’une bergeronnette, certains se demanderont à quoi cela ressemble, et si je vous dis un martin-pêcheur, vous ne me croirez pas ! 😀
Pour moi, les estampes sont comme les oiseaux : c’est plus jubilatoire de pouvoir les reconnaître et les nommer. Je pense qu’il vous amusera de reconnaître les illustrations de vos livres, et vous propose pour commencer de distinguer d’abord 2 sortes d’images, toute technique confondue, qu’on peut trouver dans un livre ancien :

  • l’image dite in-texte,
  • et l’image dite hors-texte.

En ornithologie, cela donnerait :
– les oiseaux qui ne volent pas,
– et les oiseaux qui volent !
Ainsi, nul besoin de scruter la cîme des arbres si l’on cherche à identifier une autruche.

1) In-texte

Une image in-texte est imprimée en même temps que le texte. Sa technique d’exécution n’est donc pas libre, mais soumise aux conditions d’impression de la page typographiée.
– Il peut s’agir d’une lettrine, d’un [glossary id=’1007′ slug=’bandeau’ /], d’un cul-de-lampe, d’une vignette, d’un encadrement, c’est-à-dire tout ce qui constitue les ornements typographiques du livre (hormis les caractères).
– Il peut également s’agir de figures, c’est-à-dire d’illustrations figuratives (scènes, paysages, personnages, objets, schémas, etc…).
Leur point commun ? se trouver sur une page de texte. (in texte, dans le texte)

Les ornements ont remplacé les décors enluminés des livres manuscrits. Jusqu’à la fin du XVIe siècle / début XVIIe, ils sont gravés sur une plaque de bois (c’est le bois de fil), plaque que l’on positionne dans la composition de la page, en même temps que les caractères. On s’arrange pour que cette plaque soit à la bonne épaisseur, au même niveau que les caractères, pour que l’encrage soit de la même qualité sur les lettres et sur le motif ornemental lors de la mise sous presse. Car l’avantage de la gravure sur bois, c’est que le motif est en relief. L’ouvrier dessine sur sa planche de bois et creuse à l’aide d’un canif autour du trait. On dit qu’il épargne le trait du dessin. Son bois gravé agit comme un tampon, l’encre est déposé sur le relief du dessin, et en même temps sur le relief des caractères mobiles qui composent le texte.

Les bois gravés sont donc insérés dans la composition de la page… On trouve souvent des ornements montés à l’envers par un ouvrier distrait !

lettrine-bandeau

Même procédé pour les figures, ci-dessous un exemple d’une page composée de lettrines et d’une figure (botanique) sur un ouvrage de 1615. On comprend par mes filets rouges le calage des différents plaques de bois sur la composition. Sur cet exemple, on est toujours en présence de gravure sur bois de fil.

figure-sur-bois

Un autre exemple ci-dessous, tiré d’une édition de la fin du XVIIIe, avec une figure gravée sur bois de bout en lieu et place du [glossary id=’1007′ slug=’bandeau’ /].

knox-voyage-ecosse

L’avantage pour le libraire-imprimeur est la rentabilité de l’opération illustrations+texte sur la même composition. L’inconvénient, c’est que le bois s’use à force d’être mis sous presse. Il faut alors renouveler les bois gravés (notamment lettrines et bandeaux)…

Aussi, petit à petit, les ornements vont être réalisés comme des caractères (en fonte). On verra des fleurons, des vignettes et des bandeaux ornant le haut des pages composés par une combinaison et juxtaposition de vignettes. Je vous renvoie sur le site de bibliomab, où l’on voit très bien ces assemblages.

Les ornements disparaissent des livres après la Révolution, comme pour marquer une rupture radicale avec l’Ancien Régime, la mise en page s’est passée de ces jolies fioritures…

Les figures in texte gravées sur bois disparaissent du XVII jusqu’au milieu du XVIIIe où elles réapparaissent abondamment, et ce jusque fin du XIXe siècle. Car une nouvelle technique de graver le bois (c’est le bois de bout), permet une finesse du trait et une plus grande liberté artistique. On retrouve alors l’avantage d’imprimer en même temps les textes et les illustrations.

En résumé : les figures in-texte sont gravées sur bois de fil (jusqu’à la fin du XVIe siècle), ou sur bois de bout (de 1750 à 1880 environ) – Puis, dans les livres dits « modernes », avec l’apparition de la photographie et de ses dérivés, on pourra insérer dans le texte des « clichés« , images non plus gravées artisanalement mais « photogravées ».
Les ornements sont gravés sur bois de fil (jusqu’à la fin du XVIe siècle), ou à partir du XVIIe siècle en métal comme un caractère typographique et disparaissent après la Révolution.

2) Hors-texte

Une illustration hors-texte est imprimée à part, en recto seul, séparément du livre, très souvent sur un papier différent que celui du texte, d’un format qui peut aussi être différent de celui du livre.

L’image est gravée (sur bois ou sur métal), puis est reproduite sur une feuille de papier (une face) ; c’est au relieur de l’insérer dans le livre à l’endroit désiré par le libraire-imprimeur. En général, l’illustration est en regard du texte, le relieur devra la monter sur un onglet (une petite bande de papier collée sur le fond du cahier). On parle alors de « planches ».

Le papier est généralement d’un grammage plus fort que celui du livre, pour obtenir la meilleure reproduction possible. Lorsqu’on feuillette rapidement un livre orné de planches hors-texte, on tombe rapidement sur les illustrations et on sent aux doigts le papier plus épais. On trouve également des illustrations de grand format savamment repliées dans l’ouvrage, ce sont des planches dépliantes. On pourra donc trouver dans un livre ancien des planches hors-texte gravées sur cuivre au burin en face d’une page ornée d’un bandeau gravé sur bois !

Quelles techniques de gravure pour illustrer les hors-texte de nos livres anciens ?

Elles sont nombreuses, quelques fois mixtes… et il faudra consacrer un nouvel article pour les distinguer les unes des autres. Je peux toutefois vous indiquer une tendance chronologique des différentes techniques de gravures.

Gravure sur bois (xylographie)
– de fil (jusque fin XVIe siècle)
– de bout de 1750 à la fin du XIXe siècle
Gravure sur cuivre :
– à la pointe sèche, au burin (à partir du XVIe siècle)
– à l’eau forte (dès le XVIIè, très répandue au XVIIIe siècle)
– à la manière noire (dès le XVIIe siècle)
– à l’aquatinte (à partir de la fin du XVIIIe)
Lithographie (qu’on range dans les arts de la gravure, bien qu’il n’y a ni creux, ni relief pour ce procédé de reproduction d’images). XIXe siècle.

Partager...Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Commentaires

  • Radium
    Répondre

    Merci pour ces explications, et c’est là que le livre prend sa valeur a mes yeux .Non pas ce que son texte raconte mais plutôt le temps qu’il a fallut pour le faire naitre, le créer, le « bichonner ». Les livres anciens ont cette séduction d’avoir été façonnés avec amour .Un amour si grand que lorsqu’on les ouvre de nos jours il en reste encore …

Un renseignement ?

Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

Je peux vous renseigner ?

Tapez ici