foxing

Taches brunes sur le papier : foxing, piqures, rousseurs, moisissures ?

Qui possède des livres anciens a forcément observé quelques altérations courantes sur les pages de ses ouvrages : des taches plus ou moins jaunes, rousses ou brunes se rencontrent sur le papier, au milieu d’un texte, en marge ou sur les planches illustrées. Attention, je parle bien de taches et non de pages entièrement roussies.
Les moisissures laissant des traces noires ou violacées sont facilement reconnaissables, les mouillures avec leurs auréoles aussi. En revanche, les autres taches rousses ou brunes sont moins faciles à reconnaître et à expliquer. Les récentes expériences des scientifiques au service de la conservation et de la restauration du papier conduisent à de nouvelles pistes.

Quelques fois dénommées « rousseurs« , « foxing« , ou « piqures« , la présence de ces taches a souvent été expliquée par le phénomène d’oxydation et d’acidité sur les fibres du papier. Aujourd’hui, on a tendance à ranger toutes les taches sous l’appellation anglo-saxonne « foxing ».

Comment s’y retrouver ?

La première observation à faire quand on voit une tache sur une page, c’est de regarder si elle « traverse » le papier, c’est-à-dire si elle est présente au recto et au verso.

1) la tache se trouve uniquement sur une face de la page.

Elle est plutôt ronde et brune, régulière, elle n’est présente que d’un seul côté du papier, c’est ce que j’appelle (peut-être à tort ?) une piqûre.
En général, j’observe ce genre de tache sur le papier ancien de chiffon de lin fabriqué traditionnellement au moulin.
On est là en présence d’une réaction chimique d’oxydation (rouille) : des particules de métal contenues dans le papier se sont oxydées en présence d’humidité ou de pollution atmosphérique. Il faut se souvenir de la fabrication de la pate à papier de chiffons : chiffons broyés et déchiquetés par des maillets équipés de clous ! des particules de métal sont présentes dans la pate à papier.
PS : lorsqu’elles sont grosses, la corrosion de ces particules métalliques peut faire un trou dans la page.

2) la tache se trouve sur les deux faces de la page

La tache est peu foncée, de jaune à roux, de forme irrégulière (en nuage), sur les deux faces de la page, et se rencontre sur les pages voisines : c’est ce que j’appelle des « rousseurs« , autrement dit « foxing« .
Ces dégradations s’observent surtout sur des ouvrages de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle, c’est-à-dire sur des papiers dont la fabrication de la pâte a changé (ajout de bois, de colle et de chimie). Ces nouveaux papiers étant très acides, on a pensé que les taches résultaient d’une réaction chimique à l’acidité. On trouve d’ailleurs souvent ces taches sur les premières pages et sur les dernières pages du livre, à proximité du carton des couvertures. Carton acide sur papier acide favorisant une dégradation des fibres du papier.
Même si cette hypothèse reste valable, les microscopes ont permis de montrer que des moisissures étaient présentes sur ce type de taches. Des champignons, oui mais quelles espèces ?

foxingImage issue du glossaire du site internet « Malta Map Society« 

Des champignons à l’origine du foxing ou le foxing nourriture des champignons ?

Le « qui de la poule ou de l’œuf » est la nouvelle question à résoudre pour les scientifiques. Une expérience extraordinaire a été réalisée sur un livre de 1858, employant les techniques de biologie moléculaire, ATPmétrie et analyse ADN. Le rapport de cette étude est passionnant, étude réalisée par le CRCC (centre de recherche sur la conservation des collections) et explicitée dans Support Tracé n°11 de l’ARSAG. Non seulement il montre l’ingéniosité de nos chercheurs, mais aussi les progrès des appareils de mesure et d’imagerie.
Les mystérieuses taches rousses dévoileront bientôt leur histoire, il sera alors concevable de les faire disparaître sans endommager les pages de nos chers livres.

Support Tracé N°11 : la superbe revue annuelle de l’ARSAG (208 pages) consacrée à la conservation et la restauration des arts graphiques.

Support Tracé N°11 : la superbe revue annuelle de l’ARSAG (208 pages) consacrée à la conservation et la restauration des arts graphiques.

Partager...Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Commentaires

  • FRANCK
    Répondre

    Je suis philateliste. Il y a des « taches de rouille » sur quelques un de mes timbres (très peu ), mais surtout sur des enveloppes » premier jour » dont la composition du papier est bien sûr différente, présentent des tâches de rouille. Le tout est conservé dans les mêmes lieux et les mêmes condition depuis plus de 40 ans. Je suis prêt à sacrifier une ou deux enveloppes pour des essais pour faire disparaitre ou du moins atténuer ces tâches mais par quel (s) moyen (s) ? Merci

Un renseignement ?

Je ne suis pas en ligne, laissez-moi votre message, je vous réponds dès mon retour. Céline Essentiam.

Je peux vous renseigner ?

Tapez ici